Pékin renforce son ancrage stratégique en Tunisie

 Pékin renforce son ancrage stratégique en Tunisie

Wan Li, ambassadeur chinois en poste à Tunis depuis janvier 2023

Les relations entre Tunis et Pékin connaissent une phase d’intensification marquée, portée par une convergence d’intérêts politiques, économiques et culturels. À l’heure où la Tunisie cherche à diversifier ses partenariats internationaux, la Chine affiche clairement sa volonté de consolider sa présence et de faire évoluer la coopération bilatérale « vers un palier supérieur » selon son ambassadeur. Des aspirations chinoises affichées qui ne sont pas du goût de tous les partenaires de la Tunisie.

 

Ainsi lors d’un entretien accordé hier 28 janvier 2026 à la Radio nationale, l’ambassadeur de Chine en Tunisie, Wan Li, a souligné que « les relations tuniso-chinoises connaissent une dynamique ascendante, portée par une volonté commune de les hisser à un niveau supérieur ». Une déclaration qui s’inscrit dans le prolongement direct de la visite officielle effectuée en 2024 par le président Kaïs Saïed en Chine, à l’invitation de son homologue chinois. Cette visite, qualifiée de décisive par le diplomate, a posé les bases d’un approfondissement durable du partenariat entre les deux pays.

 

Des projets emblématiques pour matérialiser la coopération

Sur le terrain, cette dynamique se traduit par une série de projets structurants touchant des secteurs clés. L’ambassadeur a notamment évoqué la reconstruction en cours du stade olympique d’El Menzah, infrastructure emblématique de la capitale, ainsi que le projet de centre médical spécialisé dans le traitement des cancers à Gabès. Ce dernier, actuellement en phase d’appel d’offres, pourrait voir ses travaux démarrer avant la fin du mois de juin prochain.

La coopération sino-tunisienne s’appuie également sur des réalisations déjà concrétisées, à l’image du centre culturel de Ben Arous ou du nouveau pont de Bizerte, symboles visibles de l’implication chinoise dans les infrastructures tunisiennes. Par ailleurs, plusieurs entreprises chinoises auraient manifesté leur intérêt pour investir dans l’extraction du phosphate, secteur stratégique pour l’économie nationale, avec l’engagement affiché de respecter les normes environnementales en vigueur.

 

Accès au marché chinois et dimension géopolitique

Au-delà des projets d’infrastructure, Pékin et Tunis explorent de nouvelles perspectives commerciales. Des discussions sont en cours en vue de la conclusion d’un accord de partenariat économique axé sur le développement conjoint. Cet accord pourrait ouvrir la voie à un régime de « zéro droit de douane » pour les produits tunisiens soumis à taxation, facilitant ainsi l’accès de produits à forte valeur ajoutée au vaste marché chinois et contribuant à rééquilibrer les échanges commerciaux.

S’inscrivant dans le cadre plus large de l’initiative de la Nouvelle route de la soie, la Tunisie est perçue par la Chine comme un partenaire crucial en Afrique du Nord. Cette coopération ne se limite pas à l’économie : elle englobe aussi la culture, avec l’organisation annoncée des festivités du Nouvel An chinois, les 31 janvier et 1er février, à la Cité de la culture.

L’annonce enfin de la tenue prochaine d’un sommet arabo-chinois cette année confirme la volonté de Pékin de renforcer ses liens avec le monde arabe, dans lequel la Tunisie entend bien faire valoir sa position malgré les récentes réticences américaines.

Dans une tribune remarquée pour son franc-parler, Ghazi Ben Ahmed, qui préside le think-tank Mediterranean Development Initiative, commente en effet la récente visite de Masaad Boulos en affirmant que « La visite à Tunis, cette semaine de Boulos, conseiller principal du président Trump, s’est apparentée à un exercice clinique de Realpolitik…  La seconde administration Trump a substitué à l’aide classique au développement une doctrine dite « réaliste ». Washington n’entend plus subventionner la sécurité tunisienne ni promouvoir des idéaux démocratiques ; elle privilégie désormais la puissance dure et la défense de l’intérêt national. Les États-Unis s’attendent à ce que la Tunisie assume bientôt ses propres dépenses militaires, tandis que les relations commerciales restent reléguées au second plan en raison de leur faible portée stratégique… Le signe le plus révélateur a été l’absence de toute rencontre entre Boulos et Kaïs Saïed. En contournant le président pour ne s’entretenir qu’avec des responsables ministériels, Washington a ainsi laissé entendre que la rigidité idéologique de Saïed avait épuisé son capital diplomatique ». Un point de vue tranché qui pourrait expliquer le déroulement de cette visite peu orthodoxe, derrière les sourires de façade.

 

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