PORTRAIT. Mehdi Benjelloun, semeur de connexions

Mehdi Benjelloun, financier et entrepreneur engagé dans l’écosystème tech marocain.
Entre capital-investissement, diaspora et engagement entrepreneurial, Mehdi Benjelloun trace un chemin singulier. Avec Tomorocco, média et écosystème lancé en 2024, il compose une partition où le Maroc n’est plus périphérique mais pleinement intégré aux grandes dynamiques de la Tech. Par Fadwa Miadi
Tomorocco. Le nom en dit déjà beaucoup. Il évoque, bien sûr, le cap vers le Maroc et l’idée du lendemain, de ce qui se construit. Pour un arabophone, il résonne autrement encore : toumour fait référence aux fruits.
Ceux que l’on sème aujourd’hui et que l’on espère voir mûrir demain. Lorsque Mehdi Benjelloun lance Tomorocco en 2024, ce n’est pas un simple podcast de plus, mais l’aboutissement d’un long cheminement entamé au Maroc et jalonné de multiples escales.
Ouvrir sa propre voie dans l’investissement
C’est à Casablanca que ce financier voit le jour il y a 28 ans. Après un baccalauréat scientifique, il quitte le Maroc pour la France où il étudie d’abord l’économie à la Sorbonne, puis décroche un master à l’EM Lyon. C’est pendant ce cursus qu’il découvre le monde du capital-investissement qu’il souhaite intégrer.
« Très vite, j’ai compris que ce milieu était fermé, opaque et que les portes ne s’ouvriraient pas facilement », confie-t-il.
Plutôt que d’attendre qu’on lui fasse une place, il décide de la créer. Avec deux amis, il lance Baby VC, une formation destinée aux aspirants investisseurs, un programme intensif en immersion dans les bureaux de fonds.
Six ans plus tard, le projet est présent dans dix pays européens, compte plus de 1 000 alumni, plus de 200 fonds partenaires et mobilise une quarantaine de contributeurs.
De Paris à Dubaï, une trajectoire internationale
Ce projet lui ouvre les portes du secteur. Il travaille d’abord dans plusieurs fonds de capital-risque français et européens à Paris, puis se spécialise dans les relations investisseurs et la levée de fonds auprès de business angels, family offices et banques privées.
Curieux par nature, Mehdi élargit ensuite son champ d’action : private equity, infrastructures, immobilier, blockchain. Cette exploration le mène aux Émirats arabes unis, au sein d’une structure travaillant avec des fonds internationaux, notamment américains, en lien direct avec les fonds souverains de la région.
La diaspora comme levier stratégique
Malgré cette trajectoire internationale, le Maroc n’a jamais quitté l’équation. En 2021, une conversation avec Sophia Dahoune, aujourd’hui partner chez Daphni, agit comme un déclencheur.
Ensemble, avec Mehdi Ghissassi, Maria Tahri et Kenza Boughaleb, ils fondent Moroccans in Tech. Depuis quatre ans, des afterworks réunissent à Paris ou New York une centaine d’entrepreneurs, investisseurs et professionnels de la tech marocaine, créant des ponts là où il n’en existait pas.
Tomorocco, bien plus qu’un podcast
C’est dans cette logique que naît, il y a un an, Tomorocco, avec une ambition élargie. Bien sûr, il y a déjà une trentaine de podcasts relatant des success stories inspirantes, montrant que la réussite est possible pour les Marocains restés au pays comme pour ceux de la diaspora.
La plateforme est aussi un lieu d’échange entre pairs, pensé par et pour ceux qui vivent la tech et l’investissement au quotidien, une « communauté marocaine active dans plusieurs pays ».
Depuis quelques semaines, fort d’un partenariat avec la Royal Air Maroc, le podcast est diffusé à bord de certains vols de la compagnie.
L’audace comme moteur
Le parcours de ce jeune financier révèle un moteur central : l’audace de créer, d’oser, mais aussi de se remettre en question. « Je ne prends jamais rien pour acquis. »
Mehdi écrit presque chaque jour, fixe des objectifs annuels, court régulièrement — il a bouclé son premier marathon l’an dernier. Basé à Dubaï depuis l’an dernier, il travaille dans la levée de fonds et les relations investisseurs. Mais qui sait si sa foulée ne le mènera pas, demain, sur d’autres rives.
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