Société.Air Algérie - Intoxications en série sur des vols Alger-Paris

Ali Oukrine et sa femme Ouiza à la clinique de L’Europe à Marly Le Roi. Photo : DR

C’est une affaire qui aurait pu être dramatique et qui ne fait que commencer. Ce mardi 16 avril, nous avons répertorié plus d’une trentaine de cas d’intoxication alimentaire après des vols Air Algérie entre les deux capitales, survenus les 6 et 7 avril dernier. Heureusement, aucun mort à ce jour. 

Aucune communication également de la part d’Air Algérie qui semble prendre ce problème à la légère malgré la gravité des faits. Nos tentatives pour joindre la compagnie aérienne algérienne sont restées vaines. Même chose pour l’ambassade d’Algérie. Nous nous tenons à leurs dispositions s’ils souhaitent s’exprimer.

Nous avons pu entrer en contact avec certaines des victimes, la plupart ont terminé à l’hôpital. Plusieurs d'entre elles y ont passé plusieurs jours. Et l’histoire n’est pas finie puisque d’autres personnes continuent à se manifester. Tout commence (voir notre article) quand  Ines Anane, artiste franco-algérienne appelle notre rédaction alors qu’elle se trouve à l’hôpital de Senlis. Elle a développé une bactérie qu'elle est certaine d'avoir contractée lors de son vol retour depuis Alger vers Paris. 

Dans nos colonnes, Ines nous expliquait avoir été hospitalisée pendant près d’une semaine après avoir mangé une partie du repas servie par Air Algérie. « Une fois à la maison, j’ai eu très mal au ventre.  Je ne me suis pas inquiétée sur le coup. J’ai pensé que ça allait passer. La première nuit a été horrible. Le jour d’après, j’ai commencé ensuite à vomir, à avoir de la fièvre, beaucoup de fièvre, jusqu’à 40 degrés. La deuxième nuit a été encore plus dure. J’avais des douleurs atroces, des contractions horribles…C’est un miracle que je n’ai pas convulsé.  Le lendemain, on m’emmenait à l’hôpital de Senlis. J’y suis restée une semaine », nous expliquait-elle alors. 

Ines Anane lance alors un appel sur les réseaux sociaux. Sept personnes victimes elles aussi d’intoxication alimentaire lui envoient alors des messages. Puis d'autres. Au final, elle comptabilise plus d'une trentaine de victimes. Pont commun entre toutes ses victimes : elles ont toutes pris des vols avec Air Algérie le 6 ou le 7 avril. 

Comme Anissa, originaire de Grigny dans l’Essonne. Elle était dans le vol de 18H35 le 6 avril.  « Il y avait du riz, des petits poids, une salade macédoine et une tranche de poulet. J’ai mangé le riz et j’ai trouvé que le poulet avait un goût bizarre alors je n’ai pris que deux bouchées », raconte la jeune femme. Le soir même, elle se plaint de douleurs abdominales, elle souffre également de diarrhées aiguës, elle vomit.

« Ma femme a perdu son papa, c'est pour cette raison qu'elle est partie en Algerie. J'ai cru que son état provenait du choc de cette disparition », témoigne son mari. Deux jours plus tard, la situation dégénère. « Elle était brûlante, beaucoup de fièvre, elle ne pouvait pas bouger », continue-t-il. Le mari , qui pense d’abord à une gastro, se décide tout de même à  emmener sa femme à l’hôpital de Corbeil Essonnes (91). « Après avoir fait les bilans sanguins, les médecins ont compris qu’il s’agit d’une colite alimentaire ( infectieuse), une intoxication due à une bactérie  du genre salmonella », précise-t-il.

Résultat : placée sous antibiotiques, Anissa est hospitalisée pendant cinq jours. Le couple découvre alors que d’autres personnes ont vécu la même chose. Dix jours après les faits, très affaiblie, Anissa n’a toujours pas pu reprendre le travail. Anissa promet d’aller porter plainte dans les jours qui viennent.

Lynda Greffon a vécu la même chose. Elle a voyagé le même jour qu’Anissa. Heureusement pour elle, son mari est médecin. « Je ne suis restée à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre qu’une seule nuit ». Mise sous antibiotiques,  son mari s’est occupé d’elle par la suite. « J’ai perdu 5 kilos, je ne pouvais plus rien manger. Je n’ai jamais vécu ça », lâche-t-elle en soupirant. « Dans ma chambre d’hôpital, une autre dame avait vécu la même chose que moi ». Lynda ira porter plainte. Comme les autres, elle est convaincue qu’elle a « failli mourir » ce jour-là. 

Said Adjaoud a 22 ans. Lui, était dans le vol du soir le 6 avril. « J’ai atterri à 23h et je suis arrivé chez moi à Chelles vers minuit 30. Crampes abdominales, vomissements, diarrhées. J’ai pensé que c’était une gastro, donc j’ai pris du Smecta. Le lendemain vers midi, j’ai une fièvre intense. Toutes les deux minutes, j’allais aux toilettes, je me déshydratais. A l’hôpital, après des analyses, ils ont vu que mon état était dû à une salmonelle », raconte Said. Hospitalisé toute la semaine, il est en arrêt maladie. « Il ne peut même pas se mettre debout. Ils ont failli tuer mon fils », dit en colère sa mère. « J’ai porté plainte. Je promets de ne rien lâcher. Ils sont allés trop loin ». 

Le frère d’Ali Oukrine est lui aussi très remonté. « Pourquoi Air Algérie n’a pas mis en place une cellule de crise ? », peste-t-il. «On est au moins 30 à avoir été intoxiqué et il n’y a aucune procédure d’accompagnement ! J’ai tenté de les joindre plusieurs fois. N’importe quelle autre compagnie dans le monde aurait donné des informations. Notre famille est très en colère et on se battra jusqu’au bout », promet-il. 

Son frère Ali, 60 ans, retraité, voyageait le 6 avril en compagnie de Ouiza, son épouse. « Je suis allé les chercher à l’aéroport. Dès son arrivée à la maison, il s’est mis à se tordre dans tous les sens. Je ne l’avais jamais vu comme ça. Le lendemain, après une nuit difficile, nous sommes allés à l’hôpital de Maisons-Laffitte », raconte-t-il.

Les médecins ne savent pas trop ce qu’il se passe. Ils parlent d'une infection du pancréas, disent que le rein est touché. Ils évoquent également une insuffisance rénale. Ali se déshydrate très vite. Il subit une fibro-colonoscopie. Le pire est alors envisagé. Son rein gauche tourne à 40% de ses capacités. « On s’imaginait le pire, confirme le frère. Nous sommes 10 enfants, nous nous sommes relayés à l’hôpital ». Puis vient le témoignage d’Ines Anane, contaminée elle aussi. 

« Nous avons prévenu le médecin que d'autres avaient subi la même chose. Il a pu ainsi donner le bon traitement à mon frère », lâche-t-il soulagé. Transféré à la clinique de L’Europe à Marly-le-Roi, il restera en tout et pour tout dix jours à l’hôpital. Sa femme, victime des mêmes symptômes, finira par le rejoindre. Ce mardi 16 avril, la famille Oukrine s’est rendue au commissariat déposer plainte pour « empoisonnement » et « mise en danger d’autrui ». « C’est trop grave pour qu’on laisse passer ça. Il n’y a pas eu de morts cette fois-ci. Si au moins, Air Algérie répondait à nos appels! Que se passera-t-il la prochaine fois ? », interroge en colère le frère d’Ali. 

Pour une microbiologiste à l'APHP tenue par son droit de réserve, qui souhaite donc garder l'anonymat, "il s’agit bien ici d’une TIAC, une toxi-infection alimentaire collective du à Salmonella enterica sérotype enteritidis". Elle explique : "l’être humain contracte en général les salmonelloses en consommant des aliments contaminés d’origine animale (principalement des œufs, de la viande mal cuite, de la volaille et du lait). Il faut savoir qu'il faut au moins 10*6 (1 000 000 de bactéries pour que les manifestations cliniques se déclarent. Les bactéries ingérées se multiplient dans le tube digestif et traverse la barrière des entérocytes puis vont être véhiculés par la lymphe et le sang provoquant les manifestations cliniques : diarrhées, septicémies, entérocolite ...". 

Le médecin précise que la salmonellose se caractérise habituellement par une apparition brutale de fièvre, de douleurs abdominales, de la diarrhée, des nausées et parfois des vomissements. Ce sont les mêmes symptômes qu'ont décrit les passagers d'Air Algérie. La microbiologiste prévient que dans certains cas et chez les personnes fragiles, "les manifestations cliniques peuvent être plus graves (septicémie, colite) plus rarement atteintes rénales et articulaires. La déshydratation associée peut devenir grave et engager le pronostic vital". Cette fois-ci, il n'y a eu heureusement pas de mort. 

Pour la spécialiste, il faudrait d'urgence que les autorités sanitaires françaises (l'ARS) soient contactées. La déclaration des TIAC "toxi-infection alimentaire collective" à l'ARS est obligatoire quand au moins deux cas similaires d’un même symptôme, en général gastro-intestinal, sont constatés. Malheureusement, nous avons affaire ici à un seul cas par hôpital", précise la microbiologiste. "Mais il est important de prévenir l'ARS pour qu'elle puisse relier les différents cas survenus dans différents hôpitaux d’Île-de-France", conclut-elle.

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