Société.Calais : des associations dénoncent des "violences policières" envers leurs bénévoles

Illustration - Expulsion de migrants / Affrontement entre des membres d'assos en faveur des migrants et les CRS. AFP

Un document accablant ! Dans un rapport transmis au Défenseur des droits, plusieurs associations d'aide aux migrants à Calais se disent victimes de "violences excessives" et "d'intimidation" de la part des forces de l'ordre.

"Incidents de surveillance policière, contrôles d'identité répétés, arrestations, fouilles, violences physiques et verbales". Dans un rapport fondé sur les témoignages de 33 bénévoles entre le 1er novembre 2017 et le 1er juillet 2018, les associations Help Refugees, l'Auberge des migrants, Utopia 56 et Refugee Infobus fustigent "la systématicité et la persistance du harcèlement des volontaires" à Calais. "La plupart des incidents rapportés impliquent les CRS déployées à Calais pour le maintien de l'ordre", précise le communiqué des quatre structures.

Charlotte Head, bénévole pour Help Refugees, raconte ainsi avoir été brutalisée par des CRS après avoir filmé une opération d'expulsion. "Un policier a arraché mon téléphone portable de ma main, l'a jeté par terre et l'a envoyé plus loin sur le bitume d'un coup de pied pour que je ne puisse plus filmer. Je suis allée ramasser mon téléphone par terre et le policier m'a alors dit: “Allez, cassez-vous, là”. Un autre policier, placé dans mon dos, m'a attrapée au niveau de la gorge avec son bras et m'a violemment jetée à terre. J'ai crié dans ma chute. Alors que je me relevais, il m'a dit: “Fallait rester sur tes pattes”."

Outre ces cas de violences physiques, qui, selon les associations, représentent 5% des incidents recensés, les bénévoles rapportent surtout de nombreux cas de surveillance (enregistrement d'image des bénévoles, filature, interrogation par des policiers) et de contrôles d'identité 'récurrents". "Si le contrôle d'identité est, pris isolément, légal, la quantité de ces contrôles constitue un harcèlement policier", estiment les organisations, qui ont relevé 205 contrôles d'identité en huit mois.

Si les associations dénoncent régulièrement des "violences policières" envers les migrants - qui seraient officiellement entre 350 et 400 dans le secteur de Calais -, c'est la première fois qu'elles publient un document axé sur le harcèlement qu'elles disent subir. Elles n'ont pas porté plainte, déclarant devoir faire face à "l'indifférence du parquet de Boulogne-sur-Mer" et ont préféré saisir le Défenseur des droits pour qu'il "fasse avancer diplomatiquement les choses", selon Eléonore Vigny, chargée du plaidoyer pour l'Auberge des migrants.

Après la publication de ce rapport, la maire LR de Calais Natacha Bouchart a dénoncé un discours "haineux et diffamant envers les forces de l'ordre" qui "assument avec respect et dignité les missions de maintien de l'ordre public qui leur sont dévolues dans notre Etat de droit" et estimé que les associations agissaient "à des fins purement médiatiques et politiques". Même son de cloche du côté de la préfecture du Pas-de-Calais, qui a qualifié ces accusations "d'allégations non démontrées". 

"Toute personne qui le souhaite peut comme c'est naturel dans un État de droit, saisir l'inspection générale de la police nationale (IGPN) ou le procureur de la République si elle estime être témoin ou victime d'un manquement, a ajouté la préfecture. Force est de constater que les rares plaintes déposées ou les signalements auprès de l'IGPN n'ont conduit jusqu'à présent à aucune condamnation ou mise en accusation d'un policier pour des violences sur des membres d'associations, pas plus que sur des personnes migrantes".

Les associations rappellent qu'elles n'ont pas porté plainte, déclarant devoir faire face à "l'indifférence du parquet de Boulogne-sur-Mer" et ont préféré saisir le Défenseur des droits pour qu'il "fasse avancer diplomatiquement les choses", selon Eléonore Vigny, chargée du plaidoyer pour l'Auberge des migrants.

"C’est une autorité indépendante qui va pouvoir demander des comptes à l’administration et enquêter », assure-t-elle, espérant, notamment, que les services du défenseur des droits organisent une visite sur place sur ce sujet.

Nadir Dendoune

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