Théâtre.Lazare, le poète est de retour

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

Pour lui, le théâtre, c’est l’art d’interroger poétiquement les violences. Celles des rapports entre la France et l’Algérie, auxquels il a consacré une trilogie. Celles de l’exclusion, qu’il aborde aujourd’hui dans sa nouvelle pièce, “Je m’appelle Ismaël”. 

Sur scène comme en dehors, il y a chez Lazare une douceur, un amour des gens et de la vie qui n’est pas contradictoire avec une grande colère. Sa révolte est aussi vive, son franc-parler aussi redoutable qu’il y a dix ans. Lorsque, avec pour seuls soutiens celui du metteur en scène Stanislas Nordey, de quelques autres directeurs de lieux et d’une poignée d’artistes, il écrit et met en scène son premier spectacle. Une fable contemporaine, Orcime et Faïence, dont l’histoire, d’un sans-abri et d’une fée clochette, n’est pas sans rapport avec sa jeunesse passée en banlieue parisienne. Où, lors d’une formation d’acteur au Théâtre du Fil (lié à la Protection judiciaire de l’enfance et de la jeunesse), il découvre une issue. Puis une tribune.

Dans ses spectacles largement autobiographiques jusqu’à ­Petits contes d’amour et d’obscurité (2014), Lazare ne s’étend pas sur ce passé. S’il parle de lui, c’est au nom de beaucoup d’autres. Pour dire l’histoire à trous dont ont hérité les enfants issus, comme lui, de l’immigration algérienne. En revenant, par exemple, sur les massacres de Sétif et Guelma, en 1945, dans Passé-je ne sais où, qui revient (2009), sur la crise des banlieues, dans Au pied du mur sans porte (2011) ou sur la guerre d’Algérie, dans Rabah Robert (2012). Pour lui, qui ne cesse de mettre à jour les zones d’ombre ou les mécanismes d’exclusion de la société française, les attentats marquent un tournant. “J’ai ressenti le besoin de prendre de la distance par rapport à mes émotions. Dans Sombre rivière (2016, ndlr), j’ai pour cela créé une sorte de clown, un poète errant”, explique l’artiste. Un personnage que l’on retrouve, quelque peu transformé, dans Je m’appelle Ismaël.

Se protéger de la violence du monde

Fruit de deux ans de travail, durant lesquels il a écrit plus de 800 pages, composé des chansons, et filmé lui-même et ses ­comédiens dans son quartier des Abbesses, à Paris, ainsi qu’à Bagneux, cette nouvelle création porte l’utopie d’une “forme de porosité, de circulation entre des groupes différents”. Lazare y ­incarne le personnage éponyme. Un poète qui s’ignore et qui, “pour se protéger de la violence du monde, projette de faire un film de science-fiction”.

S’il aime quitter son travail solitaire pour investir le plateau avec ses acteurs, dont certains (Anne Baudoux et Olivier Leite, acteur et musicien du groupe La Rue Ketanou) sont presque de tous ses spectacles, c’est d’abord l’écriture qui l’anime. La poésie. Grâce à elle, il supporte les difficultés, les déceptions. Car, même s’il est aujourd’hui reconnu sur la scène nationale, les sujets qu’il aborde ne sont pas toujours du goût des institutions, dont il critique volontiers le manque d’audace, la frilosité. “Au lieu de ces machines kafkaïennes, cherchons des théâtres qui pourraient contenir le drame et l’immensité de nos existences”, écrivait-il en 2017 dans une tribune, quand Sombre rivière fut ­annulé pour cause de grève des salariés de la MC2 de Grenoble. Un idéal qui traverse le théâtre de Lazare, où différentes disciplines unissent leurs forces, leur résistance et leur générosité. 

Je m'appelle Ismaël, du 4 au 8 Juin 2019 au Théâtre de la Ville à Paris

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