Tunisie.Gouvernement Jemli : la nuit des longs couteaux

Clôture du Conseil national Qalb Tounes

Ira, ira pas… C’est une grande partie de poker qui s’est jouée hier soir, une longue nuit au cours de laquelle le sort du gouvernement Habib Jemli fut très probablement scellé, la veille de la séance plénière du vote de confiance à l’Assemblée.

Conférence de presse Ennahdha  

Comme on le pressentait, le Conseil national du parti Qalb Tounes a finalement décidé de ne pas accorder la confiance de son bloc parlementaire au gouvernement Habib Jemli, tout comme l’ensemble des grands blocs hors Ennahdha.

« Qalb Tounes ne peut cautionner une situation où un parti qui n'obtient que 25% des sièges au Parlement veut faire mainmise sur la scène politique du pays », a déclaré Nabil Karoui à l’issue de la réunion du Conseil national, allusion à Ennahdha, qui préside déjà le Parlement. Comme pour signifier qu’il est aux commandes du parti et répondre à ceux qui misaient sur les divisions en son sein, le chef de Qalb Tounes s’est affiché au premier plan d’une équipe soudée, au moment de lire les décisions du conseil.

Un revirement politicien

Motif avancé, Jemli aurait rejeté les demandes d’indépendance non partisane des ministères régaliens. Mais dans les coulisses des nouvelles alliances politiques, ce revirement s’explique par l’incroyable retour en grâce de Nabil Karoui, qui a rencontré son ennemi juré d’hier le chef du gouvernement sortant Youssef Chahed, mercredi, en tête à tête. Désormais le parti du magnat de l’audiovisuel verrait plus grand, plutôt que de s’encombrer du soutien à contre-cœur apporté à des islamistes en perte de vitesse.  

Qalb Tounes avait pourtant obtenu plusieurs postes ministériels dans la composition actuelle du gouvernement proposé, mais n’a donc pas pour autant renoncé à son aptitude à manœuvrer, « sans foi ni loi » disent ses détracteurs.    

Côté Ennahdha, on n’en démord pas : « il en va de l’intérêt supérieur du pays, les députés doivent voter ce gouvernement », a martelé Abdelkrim Harouni au moment d’annoncer la décision d’Ennahdha dont le Conseil de la choura était réuni à Montplaisir.

Face au risque important d’insuffisance numérique, le parti de Rached Ghannouchi tente-t-il simplement de sauver la face avec un dernier baroud d’honneur dans l’espoir de glaner quelques votes parmi les dissidences des blocs indisciplinés ? Nous devrions le savoir aujourd’hui vendredi, mais pas avant la tombée de la nuit, les séances consacrées au vote de confiance étant particulièrement longues.

>> Lire aussi : Tunisie. Le gouvernement Jemli est-il mort-né ?

 

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