« Beurettes, un fantasme français », pour en finir avec les clichés

 « Beurettes, un fantasme français », pour en finir avec les clichés

A gauche : Salima Tenfiche – A droite : Sarah Diffalah. Crédit photo des deux auteures : Hermance Triay

On connaissait les clichés sur les hommes maghrébins mais on savait très peu ce qu’enduraient les Françaises d’origine maghrébine. « Beurettes, un fantasme français » de Salima Tenfiche et de Sarah Diffalah qui vient de sortir aux éditions du Seuil rétablit enfin la donne.

 

Le livre, formidable enquête détaillée et réalisée sur deux ans, décortique en profondeur et avec intelligence les préjugés sur les femmes françaises d’origine maghrébine. Mieux connaître les clichés pour mieux les combattre.

Salima Tenfiche et Sarah Diffalah seront en dédicace ce jeudi (20 mai) de 17h à 20h à la libraire Le Pied à Terre, située au 9, rue Custine dans le 18e arrondissement de Paris.

Un soir, Salima Tenfiche et Sarah Diffalah discutent pour la première fois de leurs origines maghrébines. Elles ont pourtant grandi ensemble dans le 14e arrondissement de Paris. Il y avait chez ces deux amies d’enfance comme une gêne, presque une honte, à évoquer le parcours de leurs parents, à parler des voyages au bled, du couscous du dimanche, etc.

En échangeant, elles se rendent compte qu’elles ont dû faire face pendant toutes ces années aux mêmes clichés. Aux mêmes remarques sexistes et racistes. Elles décident alors de se lancer dans l’écriture d’un livre pour donner la parole aux Françaises d’origine maghrébine.

Elles partent interroger 30 femmes. Un panel varié. Des femmes connues, comme l’actrice Sabrina Ouazani ou la chef d’orchestre Zahia Ziouani, et des moins connues, des anonymes. Une galaxie de points de vue mais un point commun entre toutes : un ras-le-bol de tous ces clichés véhiculés sur elles.

Il faut dire qu’en 2021, les préjugés sur la femme maghrébine ont la peau dure. Une « beurette » aujourd’hui est soit une fille vulgaire qui traine dans les bars à chicha, soit une femme voilée soumise à ses frères et à son mari, soit une beurgeoise opportuniste, mais jamais une femme à part entière.

Des stéréotypes véhiculés aussi bien par leur communauté d’origine que par la communauté nationale.  « Beurette » que ces jeunes femmes honnissent, lui préférant le mot « rebeu », moins péjoratif, plus neutre, vierge de toute histoire.

Ce livre rempli de témoignages forts et très intimes, devrait permettre aux femmes maghrébines de France d’y voir un peu plus clair dans leur brouhaha identitaire. Les aider à se défaire du regard des « autres », de tous, de celui d’une partie de leur communauté qui voudrait les voir s’enfermer dans leur culture d’origine. Mais aussi apprendre à accepter l’autre part, la culture de leurs parents, à en avoir moins honte, et même à en être fières.

C’est sans doute la seule solution pour être enfin en paix avec soi-même et s’assumer pleinement avec ses différences. Pour enfin devenir ce qu’elles ont envie d’être en toute liberté.

Ce livre est aussi à destination des hommes. D’abord aux hommes blancs, pour qu’ils puissent changer la perception qu’ils ont des femmes maghrébines qu’ils sont tant à convoiter. Qu’elles ne soient plus uniquement pour eux une simple expérience sexuelle, un fantasme exotique, un trophée à épingler à leur tableau de chasse sexuel. Elles ne sont pas non plus simplement des femmes qui auraient besoin d’un libérateur, incarné par le mâle blanc.

On espère aussi que les hommes maghrébins auront accès à cet ouvrage. Ils comprendront alors eux aussi que les femmes maghrébines, comme toutes les autres femmes, n’appartiennent à personne.

Un ouvrage rare, précis, aux propos implacables. A lire de toute urgence.

 

Voir le dossier “De la Mauresque à la Beurette” : 

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Pascal Blanchard : « le fantasme écrase le réel »

Shéhérazade et autres clichés sur grand écran

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.