Offensive du RN Les reubeu au piquet

 Offensive du RN Les reubeu au piquet

(De droite à gauche) Jordan Bardella, Éric Dupond-Moretti, Chrysoula Zacharopoulou, Rachida Dati, Jean-Luc Mélenchon, Roland Lescure. (AFP)

Jordan Bardella serait-il plus français qu’Éric Dupond-Moretti, qui est, lui, franco-italien ? Marine Le Pen aurait-elle plus de mérite que Chrysoula Zacharopoulou, de nationalité grecque, secrétaire d’État ? Et puis il y a « l’arabe de service » du gouvernement, Rachida Dati, à la tête du ministère de la Culture depuis janvier, qui possède aussi la nationalité marocaine.

 

Tiens, on en a oublié un : Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas vraiment un reubeu qui a gravi tous les échelons de la gauche, mais c’est quand même un bougnoule de par sa naissance puisqu’il est né à Tanger. Et, suprême défi, il n’a quitté Tanger qu’à l’âge de 11 ans et, cerise sur le gâteau, il ne cache même pas l’amour qu’il a pour ce pays !

Qu’ils soient ministres, chefs de partis, responsables, sont-ils en charge « de postes sensibles » ou sont-ils nommés juste pour faire de la figuration ?

Possible, même si on peut considérer qu’on aurait dû réfléchir à deux fois avant de parachuter Roland Lescure, franco-canadien, ministre délégué chargé de l’Industrie ! Un ministre de l’industrie peut très bien s’arranger pour avoir accès à des informations confidentielles concernant par exemple l’industrie de l’armement de l’Hexagone.

En tout cas, on peut créditer Jordan Bardella d’une haute fibre patriotique quand il a affirmé qu’il empêcherait les binationaux d’exercer des « emplois extrêmement sensibles ».

 

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Le jeune premier a été clair, s’il est nommé Premier ministre à l’issue des législatives, il empêchera les Français binationaux d’accéder à certains « postes stratégiques ».

Il n’a pas précisé quels postes quand il a présenté son programme à la presse, mais il a quand même mentionné qu’il pensait à un certain nombre de postes dans « les secteurs liés à la sécurité et à la défense ».

Quand Bardella égrenait ses inepties devant un parterre de journalistes estomaqués, Marine Le Pen, elle, a anticipé la polémique en désavouant son poulain sur X . « Et maintenant la fake news sur les emplois interdits aux doubles nationaux ! Stop ! Les doubles nationaux peuvent occuper TOUS les emplois dans la fonction publique, bien sûr».

Une sortie qui n’a aucune valeur puisque tout le long des mois derniers tous les cadors ont surfé sur le thème « de binationaux, moins français que les autres ». Ce fut le cas de Sébastien Chenu, proche de Marine Le Pen qui se gargarisait à l’émission de Cyril Hanouna, le 13 juin de ce que son parti était fier de l’interdiction de la double nationalité, mesure fondamentale du Front national :

« Une nationalité vous en avez une et elle dit beaucoup de ce que vous êtes et de ce à quoi vous êtes attaché. On ne peut pas être français pour certaines choses et uruguayen pour d’autres ». 

Malgré la stratégie de dédiabolisation pré-électorale, Marine Le Pen a semble-t-il oublié que c’est elle même qui a déposé une  proposition de loi constitutionnelle, intitulée « citoyenneté, identité, immigration», le 25 janvier dernier et dont l’article 4, précisait que «la loi organique peut interdire l’accès à des emplois des administrations, des entreprises publiques et des personnes morales chargées d’une mission de service public aux personnes qui possèdent la nationalité d’un autre État ». 

Il y a un adage arabe qui dit « si tu vois la blancheur des dents du fauve, abstiens-toi de croire que la bête sourit », la conviction du   Rassemblement national, son ADN correspond en réalité une véritable xénophobie d’Etat même si l’argumentaire se heurte d’abord au fait que, quel que soit le nombre de nationalités possédées, constitutionnellement les plurinationaux sont avant tout des Français.

 

Abdellatif El Azizi