Tunisie.« La Tunisie barrée de la liste des pays musulmans », le démenti d’Al-Azhar

Le démenti du bureau communication d'Al-Azhar, publié le 28 janvier

La rumeur s’est propagée telle une trainée de poudre ce weekend sur les réseaux sociaux : la mosquée d’Al-Azhar, institution religieuse sunnite faisant symboliquement autorité, aurait émis une fatwa où la Tunisie ne serait plus considérée comme faisant partie de sa liste des pays reconnus musulmans, et ce en raison de certains projets de lois à l’esprit égalitaire et féministe, « contradictoires avec la religion islamique ». Aujourd’hui des dignitaires d’Al-Azhar démentent.

A l’origine de l’intox, une page Facebook, ironiquement baptisée « Wake up », et comptant plus de 120 mille abonnés. Estampillée comme « News », la fausse nouvelle ci-dessus va très rapidement devenir virale, avec plusieurs milliers de « likes » et de partages, reprise par des médias locaux mais aussi des statuts de blogueurs et de figures publiques qui s’empressent de la commenter, partagés entre le courroux, le mépris, le fatalisme, ou encore la satisfaction voire la célébration…

Sensationnalisme et impulsivité idéologique, les ennemis de l’information

Comme souvent avec ce type d’intox, le plus insolite est probablement la révélation, à leur insu, des positions des uns et des autres qui ne demandaient visiblement qu’à s’exprimer, souvent dans l’excès : jetant le bébé avec l’eau du bain, certains en sont venus à insulter l’islam tout entier, félicitant la Tunisie pour cette présumée « suppression ».

Procédant à une introspection critique, l’activiste Azyz Amami a affirmé que « quand quelque chose sonne agréablement à nos oreilles, nous nous empressons de l’écouter, que cela soit avéré ou non, Comme nous autres les « progressistes » et cette histoire d’Al-Azhar. Au fond nous ne voulons pas reconnaitre que nous ne voulons plus de l’islam, et que nous aimerions que les Musulmans nous renient. […] Quand bien même cela ne serait qu’une rumeur, en l’absence de toute source vérifiée ou officielle d’Al-Azhar, ce n’est plus un problème : l’indignation dans l’ostentation d’abord, puis la vérification ».

Dans un communiqué publié dimanche soir sur la page officielle d’Al-Azhar (1.2 million d’abonnés), l’Université égyptienne a exprimé sa surprise face à cette rumeur, soulignant qu’une telle « liste de pays musulmans » n’existe même pas, et appelant les médias à « prendre plus au sérieux leur travail en faisant un minimum d’investigation »…

Le vrai du faux

Mais à l’origine de la polémique initiale, un dignitaire égyptien, Mohamed Chahat Al Joundi qui, cité par le site égyptien Al-Bawwaba, avait cependant révélé qu’Al-Azhar aurait très mal réagi à l’annulation de la dot (transformée dès l’ère Bourguiba en 1 dinar symbolique), déclarant que la Tunisie devrait arrêter de lancer des « Fatwas inacceptables ». Pour Al Joundi, « la Tunisie poursuit son abaissement de la dignité de la femme en s'attaquant aux fondamentaux de l'Islam. La dot existe dans le Coran et la Sunna, et il faut baisser son coût et non pas l'abroger. »


Le clerc égyptien a appelé à la nécessité de lancer des campagnes de sensibilisation pour les citoyens afin qu’ils condamnent ces « balivernes » qui vont selon ses dires à l’encontre des enseignements de l’Islam.

Or, c’est l'institution de la dot qui est considérée par la députée féministe et présidente de la commission des libertés individuelles et de l'égalité dépendant de la présidence de la République, Bochra Bel Haj Hmdia, comme une atteinte à la dignité de la femme. Cette pratique conditionne la consommation du mariage par l'acquittement du mari d'une dot en faveur de sa femme (article 13 du Code du Statut Personnel).

Fondée en 970, la mosquée Al-Azhar, est une des plus anciennes mosquées du Caire et le siège de l'université al-Azhar, la plus ancienne université islamique encore active au monde après Quaraouiyine au Maroc et l'université Zitouna en Tunisie. Elle est fondée lors de la conquête de la ville par Fatimides et leurs troupes composées de Berbères Koutama originaire de l'actuelle Algérie.

Seif Soudani

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