Tunisie. Les entreprises tuniso-françaises entre reprise et incertitudes

Après plusieurs années marquées par un climat économique incertain, les entreprises tuniso-françaises ont affiché en 2025 des signes clairs d’amélioration, mais une bonne santé relative. Décryptage d’un bilan en demi-teinte.
Présenté hier mardi à Tunis par Mohamed Louzir, secrétaire général de la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française (CCITF), le dernier baromètre en date dédié aux business tuniso-français révèle que près de 47 % d’entre eux ont enregistré une croissance de leur chiffre d’affaires. Une performance qui traduit un redressement réel, bien que timide, de l’activité.
Cette évolution s’accompagne d’abord d’un recul notable des entreprises en difficulté. Seules 19 % déclarent ainsi une baisse d’activité, contre 31 % l’année précédente. Ce rééquilibrage témoigne d’un environnement économique moins défavorable, dans un contexte où la visibilité macroéconomique reste pourtant limitée.
Une dynamique de croissance qui se confirme
Au-delà des chiffres de croissance, plusieurs indicateurs viennent confirmer cette amélioration. Les investissements, sans connaître de forte expansion, tendent en effet à se stabiliser : près de la moitié des entreprises maintiennent leur niveau d’engagement, signe d’une confiance solide dans le marché tunisien malgré le contexte inflationniste difficile.
La perception globale du climat des affaires connaît également une évolution significative. Plus d’une entreprise sur deux juge désormais la conjoncture favorable : un bond important par rapport à 2024. Cette progression s’explique en partie par un apaisement certes volatile sur les plans social et politique, qui contribue à rassurer les investisseurs.
Dans ce contexte, la Tunisie semble regagner progressivement en attractivité auprès des entreprises à capitaux ou partenaires français. Cette reprise, bien que mesurée, confirme la résilience du tissu économique tuniso-français et sa capacité à s’adapter à un environnement complexe.
Des fragilités structurelles toujours présentes
Malgré ces signaux positifs, les entreprises restent confrontées à des obstacles persistants qui freinent une relance plus franche, « une bureaucratie que l’on connaît dans les deux rives », ironise Louzir. La pression fiscale demeure le principal point noir, souvent jugée lourde et peu prévisible au gré des lois de finance. Un aspect qui pèse directement sur la compétitivité et limite les marges de manœuvre des entreprises.
À cela s’ajoutent les lourdeurs administratives et un cadre réglementaire perçu comme instable. Ces facteurs entretiennent une forme d’attentisme chez les investisseurs, qui peinent à se projeter sur le long terme. La reprise observée en 2025 apparaît ainsi davantage comme une phase de consolidation que comme le début d’un cycle de croissance durable.
Les perspectives pour 2026 s’annoncent dès lors plus nuancées. Si une partie des entreprises restent confiantes, cet optimisme demeure conditionné à l’amélioration du climat des affaires. Les opérateurs attendent notamment des réformes structurelles capables de simplifier les procédures, d’alléger la fiscalité et de renforcer la visibilité économique.
Dans ce contexte, la performance enregistrée en 2025 constitue un signal encourageant, mais encore insuffisant. Pour transformer cette embellie en croissance durable, la Tunisie devra lever les freins structurels qui continuent de peser sur l’investissement et la compétitivité régionale.
