Tunisie.Rocambolesque assemblée générale du Parlement

Les députés du PDL, une formation nostalgique de l'ancien régime bénaliste, brandissent des demandes de réparation

Loin de s’atténuer, les turpitudes au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) ont franchi un cap supplémentaire. « Un cirque » selon de nombreux Tunisiens qui ont commenté l’assemblée générale du dimanche 8 novembre consacrée à la loi de finances. De plus en plus de voix s’élèvent pour appeler à la dissolution précoce de ce Parlement. 

Nous pensions avoir atteint vendredi dernier un paroxysme en matière de désordre parlementaire. Mais c’était sans compter la septième nuit consécutive du sit-in des députés du Parti destourien libre (PDL), et surtout la journée d’hier, cruciale pour donner le ton des discussions autour du budget de l’Etat, qui n’auront au final jamais réellement pu démarrer.

Ainsi ladite session s’est poursuivie jusque tard dans la nuit de dimanche à lundi, via des interventions traitant essentiellement du chaos qui règne dans l’hémicycle en ce début de législature.

« Je pensais personnellement être élu pour venir débattre ici de nobles questions ayant trait aux lois… Je me retrouve sous la coupole d’une Assemblée qui ne parvient même pas à combattre le crime en sa propre enceinte », a asséné le magistrat et député Farhat Rajhi dimanche soir, pour qui les agissements du PDL, qu’il a qualifiés de « rébellion » et d’« association de malfaiteurs », sont passibles de sanctions pénales.

En début de séance, les sit-inneurs destouriens ont en effet décidé d’occuper le perchoir de l’Assemblée et, ultime provocation, leur chef l’avocate Abir Moussi a confisqué le siège de la présidence du Parlement en s’y installant, au mépris des mises en demeure de la vice-présidente de l’Assemblée qui remplaçait un Rached Ghannouchi à l’absence par ailleurs très remarquée.   

Puis lorsque vint le moment pour le bloc PDL de prendre la parole et justifier cette énième escalade, le député Rached Khiari (islamisme radical) a alors bloqué le champ de la caméra qui diffusait la séance sur la Télévision nationale, tout en brandissant de la main le signe de Rabia al-Adawiyya, référence au massacre du square du même nom en Egypte, devenu depuis un signe de ralliement. C’est la troisième fois en quelques jours que ce signe est arboré au Parlement tunisien, provocant le courroux de nombreux élus.

La même journée a vu se confirmer la nomination de l’ancien député Ennahdha Habib Khedher comme chef du cabinet du président de l’Assemblée. Une annonce controversée à plus d’un titre. Considéré parmi les ex élus islamistes les plus radicaux, Khedher entretiendrait des liens familiaux par alliance avec Rached Ghannouchi, ce qui conforte une certaine fuite en avant quasi sectaire de cette formation aux yeux de nombreux observateurs.

Alors que l’on pensait les tensions retombées en fin de soirée, avec la publication d’un communiqué du Bureau de l’ARP condamnant les propos injurieux à l’origine de la dispute initiale et donnant gain de cause au PDL, un second communiqué fut publié quelques minutes plus tard, reprenant mot à mot le premier communiqué mais en inversant la condamnation, donnant cette fois raison à Ennahdha. « Une manipulation hypocrite » selon Moussi qui d’en est aussitôt servi de justification pour la poursuite du sit-in.

Observant jusqu’ici un mutisme contemplatif, la présidence de la République est sans doute l’institution bénéficiaire de ces dérives. Élu avec 72% des suffrages contrairement à un Parlement éclaté, Kais Saïd pourrait voir en ce chaos du Bardo une aubaine pour faire appliquer, à terme, sa vision de la démocratie directe profondément hostile à la démocratie représentative telle que pensée par les législateurs pro régime Parlementaire mixte post révolution.    

>> Lire aussi : Tunisie. L’intenable configuration du Parlement tunisien

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