Tunisie.Suicide d’un journaliste par immolation à Kasserine

Abderrazak Zorgui

Notre confrère Abderrazak Zorgui, reporter photo et cadreur notamment dans la chaîne privée Telvza TV, s'est mortellement immolé par le feu hier lundi 24 décembre, sur la Place des martyrs dans le centre-ville de Kasserine. Un drame qui vient rappeler la précarité souvent inhérente au secteur de la presse en Tunisie. 

Le dernier message d’Abderrazak Zorgui aux chômeurs de Kasserine

Le jeune trentenaire, correspondant de Telvza TV, est décédé, succombant à ses brûlures, après avoir été dans un premier temps transféré à l'hôpital régional de la ville de Kasserine, où l'on a qualifié son état de grave, nécessitant plus tard son transfert au Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous.

Conditions sociales difficiles

Peu avant son geste de désespoir, il avait publié la vidéo ci-dessus sur les réseaux sociaux, à quelques minutes seulement avant de s’immoler. Le journaliste y adresse un message aux chômeurs du gouvernorat de Kasserine, appelant chaque individu prêt à le suivre à descendre dans la rue et revendiquer leur droit à l’emploi, tout en défiant les locaux de mimer son geste.

Dans cet appel, Abderrazak Zorgui a dénoncé les conditions de vie difficiles des habitants de Kasserine, « affamés et marginalisés », insistant sur le fait que nombreux sont ceux qui ne connaissent même pas le nom du gouverneur de la région, ni même celui du président de la République ou du cheikh local.

« Je vais initier une révolution, seul ! » conclut Zorgui, qui déplore que tout mouvement social à Kasserine se voit désormais diabolisé en « terrorisme », et que 8 ans de promesses non tenues se sont écoulées, une allusion à l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid en 2011, qui avait été la première étincelle de la révolution de la dignité.

Heurts à Cité Ennour

Connu pour être l’épicentre de la contestation dans la ville, le quartier Ennour de Kasserine aussitôt été le théâtre de violentes tensions dans la nuit de lundi à mardi en représailles au décès du cameraman.  

Un grand nombre de jeunes se sont rassemblés au centre du quartier, brulant des pneus, avant d’être dispersés par les forces de l’ordre, qui comptent six blessés dans leurs rangs. Les policiers anti émeutes ont arrêté 9 jeunes, toujours placés en garde à vue aujourd’hui.

Vers une grève générale dans la presse

Le secrétaire général du syndicat des journalistes Néji Bghouri, toujours mardi, « la possibilité de décréter la grève générale du secteur de la presse et des médias le 14 janvier 2019 », date de la commémoration de la révolution symboliquement choisie pour cette grève qui serait la deuxième du genre depuis 2013.


Une décision prise en marge de la participation des membres du bureau exécutif du SNJT Zied Dabbar, Abdelbasset Fridhi, ainsi que de Néji Bghouri aux funérailles du photographe Abderrazek Zorgui, en signe de protestation contre l’instabilité professionnelle encore trop souvent vécue par de nombreux confrères.

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