Y.S.Festival : le festival franco‑algérien né de la quête des racines de Nathalie Dunoir

Nathalie Dunoir, à l’origine du Y.S. Festival, inspire le dialogue interculturel à travers le cinéma algérien.
Nathalie Dunoir n’avait pas toutes les réponses en grandissant, seulement une vie stable, aimante, et une question sourde sur ses origines. Née en 1968 et adoptée à l’âge de dix mois, elle découvre, à 50 ans, une vérité qui bouleverse tout : son père est algérien. « Ce sont mes parents biologiques que je n’ai jamais connus ! » confiait-elle il y a quelques mois au Courrier de l’Atlas, encore marquée par ce moment charnière. Commence alors une quête intime, faite de recherches, de révélations et d’un premier voyage en Algérie, sur les traces de son histoire familiale.
De cette découverte naît un nouvel élan. Entre la France et l’Algérie, Nathalie Dunoir choisit de faire de sa double identité une force, un pont entre deux cultures. Elle fonde l’association « Marcelle & Mohammed », du nom de ses parents biologiques, avec l’envie de créer du lien à travers l’art et la mémoire.
Dans cette continuité, elle lance aujourd’hui le Y.S. Festival, dont la première édition se tiendra du 24 au 26 septembre 2026. Un événement dédié au cinéma algérien contemporain, pensé comme un espace de rencontres, de transmission et de dialogue interculturel.
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LCDL : Avant de parler du festival, il y a votre histoire personnelle. En quoi a-t-elle été le point de départ de ce projet ?
Nathalie Dunoir : Très honnêtement, tout part de là. J’ai découvert tardivement mes origines algériennes, et ça a été un bouleversement profond. Ça m’a obligée à me redéfinir, à comprendre d’où je venais.
Et assez vite, j’ai ressenti le besoin de transformer quelque chose de très intime en quelque chose de collectif. Créer du lien entre la France et l’Algérie s’est imposé comme une évidence.
Le festival est né de cette envie-là : faire dialoguer deux cultures qui cohabitent désormais en moi.
Le Y.S. Festival, ce n’est donc pas seulement du cinéma…
Non, c’est beaucoup plus que ça. Bien sûr, il y a les films, mais ils sont presque un point de départ. Le festival, porté par l’association Marcelle & Mohammed, a été pensé comme un espace de partage, de rencontres et même de construction.
On veut créer un cadre fécond, inclusif et responsable, où réalisateurs algériens et professionnels français peuvent vraiment échanger, se rencontrer, imaginer des projets ensemble.
Et puis il y a une conviction forte : faire rayonner le cinéma algérien au-delà de ses frontières. Il existe une production d’une grande richesse, mais encore trop peu visible en France.
On veut aussi encourager les coproductions, la circulation des œuvres, et surtout installer un dialogue interculturel sincère et durable entre les deux rives de la Méditerranée.
Qu’est-ce qui distingue le Y.S. Festival des autres festivals ?
D’abord, le fait qu’on mette exclusivement en lumière des films algériens produits en Algérie. C’est un positionnement assez rare. Et surtout, je le répète, on ne s’arrête pas à la diffusion : on crée des opportunités concrètes, comme ce speed-dating entre réalisateurs et producteurs français.
L’idée, c’est que le festival soit un déclencheur. Qu’il permette à des projets de naître, de circuler, de se concrétiser. Parce que le cœur du projet est là : construire des ponts. Des ponts artistiques, bien sûr, mais aussi humains et professionnels.
Le festival est franco-algérien dans son ADN, et on espère qu’il fera émerger des collaborations durables, bien au-delà de ces quelques jours.
Comment se fait la sélection des films ?
Nathalie Dunoir : Les films sont inscrits via une plateforme en ligne, puis sélectionnés par un jury indépendant. Les œuvres récentes peuvent concourir en compétition, tandis que d’autres seront présentées hors compétition.
On tient aussi à une certaine exigence : une durée maximale de 40 minutes, une production majoritairement algérienne… Ce cadre nous permet de rester fidèles à notre ligne et à l’identité du festival.
Et pour le public, qu’est-ce qui l’attend ?
Une vraie découverte. On propose de la fiction, du documentaire, de l’animation, de l’expérimental… avec une grande diversité de regards et d’écritures.
C’est une occasion assez rare d’accéder à ce cinéma-là dans de bonnes conditions, et surtout de rencontrer celles et ceux qui le font. On veut que ce soit une expérience immersive, presque un voyage.
Organiser un tel événement demande aussi des moyens importants…
Énormément, oui. On souhaite accueillir les réalisateurs algériens dans de bonnes conditions : hébergement, repas, déplacements, moyens techniques… Tout cela représente un vrai budget.
C’est pour ça qu’on lance aussi un appel au soutien. Ce festival ne peut exister que grâce à une dynamique collective.
Le lien de la cagnotte :
https://www.leetchi.com/fr/c/ysfestival-speed-dating-franco-algerien-du-court-metrage-1327403?utm_source=copylink&utm_medium=social_sharing
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