Iran : Le vrai du faux

 Iran : Le vrai du faux

Los Angeles, 18 janvier 2026 – Des membres de la diaspora iranienne et leurs soutiens manifestent devant l’hôtel de ville, brandissant des drapeaux iraniens d’avant 1979, lors d’un rassemblement présenté comme un soutien au peuple iranien, dans un contexte de forte mobilisation médiatique occidentale autour de la situation en Iran. Apu Gomes / Getty Images / AFP

C’est fou ce que les peuples ont la mémoire courte. Les Iraniens n’échappent pas à la règle, surtout ceux qui s’enthousiasment à l’idée de voir le régime remplacé par une autre autocratie, celle des rejetons du Shah.

Menée par « des médias occidentaux à la solde des services » (c’est ainsi que sont présentés les médias européens et américains en Iran), une campagne de communication censée soutenir la révolution en cours contre le régime des mollahs peine à recruter au cœur même de ce pays, tant les enjeux et les alternatives semblent sulfureux aux protestataires iraniens eux-mêmes.

Dans le réel, le régime des mollahs tente de maîtriser une révolte transformée en révolution par la presse du monde entier, sans recul, alors que ce pays, condamné certes à vivre dans l’obscurantisme, n’est pas, à vrai dire, aux abois. En témoignent les milliers de morts que la machine répressive a déjà commis et les procès expéditifs qui finiront par exécuter le reste des prisonniers politiques. À l’international aussi, l’Iran de Khamenei a presque autant d’ennemis que l’Iran du Shah, à la notable différence qu’un groupe de pays arabes, dont l’Égypte, le Maroc et la Jordanie, avaient des liens très forts avec le Shah.

Certes, les mollahs, harassés par des décennies d’embargo, n’ont plus rien à proposer à un peuple affamé (par ce même Occident qui se présente en sauveur), n’offrant plus que la haine d’Israël, celle du grand Satan américain et des slogans creux sur la guerre des mécréants contre l’islam. Après tout, le guide suprême, Ali Khamenei, n’est-il pas présenté comme un descendant du Prophète, comme il se plaît à le diffuser dans sa propagande sur le réseau X ?

En tout cas, les jours passés ont été marqués par une intense succession de menaces émanant d’un président américain, Donald Trump, décidé à lancer des frappes contre l’Iran, alors que d’intenses efforts diplomatiques, notamment arabes, étaient en cours pour en annuler, voire en retarder, l’exécution. Les Iraniens ont ainsi confectionné des vidéos indiquant la suspension de l’usage de la violence contre les manifestants et l’abandon des condamnations à mort à leur encontre.

Pour éviter les frappes, des négociations de dernière minute ont été menées par les pays arabes, notamment du Golfe, afin de parvenir à des ententes capables d’épargner à ces pays une guerre d’envergure qui les menace fortement. L’Arabie saoudite y a joué un rôle fondamental, aux côtés du Qatar et du sultanat d’Oman, pour convaincre Donald Trump de ne pas attaquer l’Iran.

Voilà pour l’actualité. Mais ce qui reste fondamental dans cette histoire, c’est que ce sont les mêmes acteurs qui ont renversé le Shah pour le remplacer par les ayatollahs de la République islamique qui sont aujourd’hui à la manœuvre pour remettre le fils du Shah à la tête de l’Iran. À savoir les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

Qu’on en juge. En octobre 1978, Khomeyni est accueilli en grande pompe en France. Le Shah, qui ne savait pas que l’Occident avait mis sa tête à prix, commit l’erreur de donner son feu vert à l’exil politique de ce « pouilleux », alors que ce mollah, hébergé à Neauphle-le-Château, près de Paris, était là pour prendre le pouvoir à Téhéran. Les quelque 400 interviews réalisées en quelques mois et les centaines de cassettes de sermons de l’ayatollah furent introduites clandestinement en Iran par des diplomates européens. Ensuite, il n’a fallu qu’un an pour que le régime du Shah s’effondre. Pahlavi, qui avait fait exploser les prix du brut lors du choc pétrolier de 1973, était devenu l’homme à abattre, et c’est ce que les Américains et leurs alliés européens ont fait.

Khomeyni, qui n’avait rien d’un révolutionnaire et encore moins d’un véritable dignitaire religieux, avait été présenté au monde et aux Iraniens comme une sorte de messie en mission divine. Même la BBC, sous un gouvernement travailliste, donnait la parole aux islamistes. Résultat : aujourd’hui, les pasdarans confisquent 60 % des richesses, les banques sont aux mains d’apparatchiks affidés au pouvoir, et la fameuse Savak, qui commettait des atrocités sous le Shah, a simplement changé de fusil d’épaule et d’appellation pour plus d’efficacité.

Aujourd’hui, c’est le fils de ce même Shah d’Iran, chassé du pouvoir comme un malpropre et mort dans la misère, rejeté par tous les pays qui avaient refusé de lui accorder l’asile politique, que l’Oncle Sam tente de vendre aux Iraniens et au monde comme une alternative au pouvoir des mollahs.

Présenté comme l’ultime recours par les médias américains, Reza Pahlavi, avec son profil de play-boy sur le retour, peine à convaincre, même si quelques « faux manifestants mais véritables agents » encagoulés ont bien brandi son portrait. Deux pelés et trois tondus ont scandé son nom dans le nord de Téhéran, mais si les Iraniens en veulent à mort au guide suprême, l’ayatollah Khamenei, et sont déçus par l’absence de la moindre réforme au sein du régime, ils n’ont pourtant aucune envie de revenir à un système politique centré sur la personne du fils de « l’empereur ».

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