Tunisie. La Banque centrale durcit les règles des bureaux de change face aux risques de blanchiment

Depuis la fin janvier 2026, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a engagé un tour de vis réglementaire à l’égard des bureaux de change qui fleurissent dans le pays. À travers la circulaire n°2026-02, l’institution monétaire entend renforcer significativement le dispositif national de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Le texte marque une étape supplémentaire dans l’alignement du cadre tunisien sur les standards internationaux en matière de conformité financière.
Désormais, chaque bureau de change est tenu de se doter d’un système interne de vigilance et de contrôle, proportionné à la nature de son activité, à son volume d’opérations et au profil de sa clientèle. Ce dispositif doit être appliqué de manière uniforme dans l’ensemble des points d’exploitation du changeur manuel. Il repose notamment sur des procédures strictes d’identification des clients et des bénéficiaires effectifs, le recours à des documents officiels fiables ainsi qu’un filtrage systématique au regard des listes nationales et internationales de sanctions.
Déclarations, traçabilité et responsabilité accrue
La circulaire met également l’accent sur la détection précoce des opérations atypiques ou suspectes. Celles-ci doivent faire l’objet d’une déclaration immédiate auprès de la Commission tunisienne des analyses financières (CTAF), via la plateforme goAML. L’ensemble des données relatives aux clients et aux opérations de change devra par ailleurs être conservé pendant dix ans, renforçant ainsi les exigences de traçabilité. La formation continue du personnel devient, elle aussi, une obligation, afin de garantir une application effective des règles de vigilance.
Autre innovation majeure : l’obligation faite aux bureaux de change de procéder à une évaluation formalisée et documentée des risques auxquels ils sont exposés. Cette analyse doit intégrer plusieurs paramètres, dont la typologie de la clientèle, les zones géographiques concernées, les volumes traités et les conclusions des évaluations nationales des risques. Le rapport qui en découle devra être régulièrement actualisé et tenu à la disposition de la BCT.
La circulaire instaure en outre une vigilance renforcée pour les clients à risque élevé, notamment les personnes politiquement exposées ou celles opérant avec des juridictions classées sensibles par le GAFI. En cas de doute sur l’identité d’un client ou la finalité économique d’une opération, le changeur est tenu de refuser la transaction et d’en informer sans délai la CTAF. Le non-respect de ces obligations expose les contrevenants à des sanctions pouvant aller jusqu’au retrait définitif de l’agrément, confirmant la volonté de la BCT de faire du secteur du change un maillon étroitement contrôlé du système financier tunisien.
Reste la faisabilité controversée d’un tel dispositif. Depuis octobre 2025, au nom du même motif de traçage du blanchiment, les banques étaient tenues de bloquer désormais la plupart des virements étrangers, parfois de quelques centaines d’euros. Les PME, déjà étouffées par la bureaucratie et une conjoncture économique morose, sont de facto les premières victimes d’un zèle administratif auquel on vient désormais d’ajouter une couche au niveau du change manuel.
