Bruxelles durcit sa politique : Tunisie et Algérie en ligne de mire

 Bruxelles durcit sa politique : Tunisie et Algérie en ligne de mire

A Bruxelles, l’Union européenne a dévoilé fin janvier un tournant majeur de sa politique migratoire pour les cinq prochaines années, avec une stratégie plus stricte sur les visas et les expulsions visant notamment les ressortissants tunisiens, algériens et d’autres pays africains.

Objectif affiché de Bruxelles : maîtriser les flux migratoires irréguliers tout en renforçant son contrôle des frontières extérieures. Face à ce que les institutions européennes qualifient d’« abus » des régimes d’entrée et d’un nombre encore significatif d’arrivées irrégulières, la Commission a proposé hier 30 janvier une révision profonde des règles de visa.

 

Visas : un levier politique assumé

Cette réforme, qui devrait être adoptée d’ici la fin de l’année, rendra ainsi plus contraignant l’octroi de visas pour les pays considérés comme « peu coopératifs » sur le retour de leurs ressortissants en situation irrégulière. Parallèlement à cela, elle prévoit de faciliter l’accès aux travailleurs qualifiés et de préserver les droits des réfugiés reconnus, mais dans un cadre plus strict.

Or, l’un des éléments majeurs de cette réforme est l’adaptation du mécanisme de suspension de l’exemption de visa. Désormais, l’Union pourra en effet suspendre le régime sans visa non seulement pour des raisons de sécurité ou de non-coopération sur les retours, mais aussi pour des motifs plus larges comme des violations des droits humains ou des menaces hybrides. Les seuils déclenchant ces mesures ont en outre été abaissés pour permettre une réaction plus rapide de Bruxelles.

 

Expulsions accélérées et coopération sous condition

Sur le front des expulsions, la nouvelle stratégie européenne table sur une mise en œuvre systématique des décisions de reconduite à la frontière. Des « centres de retours » hors de l’Union, surnommés « hubs », un euphémisme, devraient être créés pour faciliter le traitement des personnes déboutées et accélérer leur retour vers leur pays d’origine ou de transit. Ces mesures sont soutenues par plusieurs États membres, mais suscitent également de vives critiques. ONG et partis de gauche dénoncent un durcissement susceptible de porter atteinte aux droits humains et de privilégier la répression à l’accueil.

Cette politique plus ferme s’inscrit dans un contexte où l’Europe et les pays du Maghreb multiplient les accords migratoires. Tunisie, Égypte et Mauritanie avaient pourtant déjà conclu des partenariats avec l’UE pour lutter contre les départs vers les côtes européennes, et des négociations se poursuivent avec le Maroc. En contrepartie, Bruxelles propose aides financières et investissements, faisant de la coopération migratoire un instrument clé de sa diplomatie.

Pour les pays comme la Tunisie et l’Algérie, ces évolutions représentent un défi à la fois diplomatique et socio-économique. Ils sont appelés à renforcer leur collaboration sur le retour des ressortissants en situation irrégulière, sous peine de voir leurs facilités de visa réduites, mais aussi à peser sur les discussions internationales pour protéger leurs citoyens et préserver des liens historiques de mobilité.

L’enjeu pour l’Union européenne reste de concilier sa volonté de contrôle migratoire avec le respect des engagements internationaux en matière de droits humains et de coopération internationale, un équilibre délicat qui s’annonce central dans les prochains débats à Bruxelles. De surcroît dans un nouveau monde où l’administration Trump complètement débridée se vente de l’expulsion de centaines de milliers de personnes hors du territoire américain.