Regards Satellites : le festival où le cinéma s’organise depuis les marges

 Regards Satellites : le festival où le cinéma s’organise depuis les marges

Pour sa quatrième édition, le festival Regards Satellites affirme plus que jamais sa ligne : faire du cinéma un espace de circulation des luttes, des récits invisibilisés et des formes libres. Héritier des Journées cinématographiques dionysiennes, l’événement investit, du 13 au 22 février, le cinéma L’Écran de Saint-Denis ainsi que plusieurs salles partenaires en Seine-Saint-Denis, avec une programmation résolument engagée et collective.

 

Cette édition revendique une conception du cinéma comme pratique poreuse, traversée par des voix multiples, loin des centres de pouvoir et des formats dominants.

Regards Satellites met à l’honneur celles et ceux qui rendent visibles des réalités sociales souvent reléguées hors champ : existences marginalisées, territoires colonisés, langues minorées, luttes politiques ou encore métiers de l’ombre du cinéma.

Compétition et sélection internationale

Au cœur du festival, une compétition internationale de longs métrages consacrée aux premiers et seconds films. Six œuvres y seront présentées, témoignant de la vitalité d’un cinéma mondial qui interroge frontalement les rapports de domination et les formes narratives établies.

Parmi elles, « Une année italienne » de Laura Samani, portrait d’une adolescente prise dans un trio masculin ; « Aïsha Can’t Fly Away » de Morad Mostafa, thriller égyptien remarqué à Cannes dans la sélection Un Certain Regard ; ou encore « Shadowbox » de Tanushree Das et Saumyananda Sahi, qui explore les séquelles psychiques de la guerre à travers le destin d’un soldat indien.

Avant-premières, séances spéciales, programmes de courts métrages et cartes blanches (réunies sous l’intitulé « Écran libre ») complètent cette sélection, favorisant une programmation pensée comme un dialogue permanent entre œuvres, artistes et publics.

Fabriquer et transmettre autrement

Regards Satellites ne se contente pas de montrer des films : il interroge également les manières de les fabriquer. Tables rondes, masterclasses et rencontres rythmeront ainsi le festival, avec une attention particulière portée aux modes de production indépendants, aux formes de travail collectif et à l’invention de modèles plus éthiques et inclusifs, aussi bien sur les tournages qu’à l’écran.

Fidèle à son goût pour les filiations et les correspondances, le festival proposera plusieurs rétrospectives marquantes. Le public pourra ainsi (re)découvrir les œuvres de Laura Mulvey, théoricienne et cinéaste majeure, dont le travail a profondément renouvelé la réflexion sur le regard, le désir et les représentations des femmes au cinéma.

Un hommage sera également rendu au réalisateur britannique Peter Watkins, disparu en octobre dernier. Figure essentielle du cinéma politique, il a marqué l’histoire du 7e art en brouillant les frontières entre fiction, documentaire et participation citoyenne. Son film La Commune (Paris, 1871), tourné à Montreuil avec des acteurs non professionnels pleinement impliqués dans l’écriture de leurs rôles, fera l’objet d’un événement spécial.

Invité·es et avant-premières

Parmi les invités de cette édition, Annie Ernaux sera présente pour la soirée d’ouverture, le 13 février à l’Écran de Saint-Denis. Elle y présentera en avant-première, aux côtés de Claire Simon, le documentaire « Écrire la vie », dans lequel l’écrivaine est racontée par des lycéennes et des lycéens.

La réalisatrice Amandine Gay proposera une carte blanche autour de « Princes noirs de Saint-Germain-des-Prés » de Ben Diogaye Beye et « Un dessert pour Constance » de Sarah Maldoror. La cinéaste indienne Sandhya Suri présentera quant à elle deux documentaires inédits en France, « I for India » et « Around India with a Movie Camera ».

 

Informations pratiques

Le festival Regards Satellites se tiendra du 13 au 22 février 2026 dans trois cinémas de Seine‑Saint‑Denis :

  • 🎬 Cinéma L’Écran à Saint‑Denis
  • 🎬 Ciné 104 de Pantin
  • 🎬 Espace 1789 de Saint‑Ouen‑sur‑Seine

Tarifs : de 4 à 7,50 € la séance ; pass festival à 24 €

Renseignements : 01 88 40 47 43 – lecranstdenis.fr

Programme : PDF

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.