Tunis face à la mer : quand les eaux montent et menacent la capitale

À Tunis, ce début d’année 2026 restera marqué par des images inédites : des eaux marines franchissant les digues naturelles et envahissant des axes routiers stratégiques de la capitale. Depuis la mi-février, des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent la mer remontant jusqu’à la chaussée du TGM (Tunis Gare Marine) jusque La Goulette, provoquant l’inquiétude des usagers et des riverains témoins de cette plongée inattendue de l’eau salée dans l’espace urbain.
Ces rues inondées et ce quotidien perturbé qui s’installe dans la durée ne sont pas le fruit de l’épisode des récentes inondations concomitantes, qui ont pu causer la confusion dans les esprits de certains. Car ce phénomène n’est pas isolé : dès la fin janvier, des routes et des rues avaient été submergées dans le secteur de Tunis Marine, près de l’Avenue Habib Bourguiba, perturbant la circulation et donnant l’impression d’un léger « raz-de-marée » dans certaines zones basses de la ville.
Les témoignages des automobilistes et habitants convergent : l’eau s’infiltre plus facilement qu’auparavant, menaçant ponctuellement des infrastructures et créant un climat anxiogène. Les experts interrogés mettent en avant les conditions météorologiques sévères — vents violents à plus de 100 km/h ces derniers jours et mer agitée — qui favorisent ces montées d’eau, mais aussi la vulnérabilité croissante du littoral face à des phénomènes extrêmes plus fréquents.
Cette nouvelle réalité inquiète, d’autant que les projections climatiques sur le long terme ne sont guère rassurantes. Des simulations publiées l’an dernier suggèrent en effet que le littoral du Grand Tunis pourrait être partiellement submergé d’ici à 2100, avec une élévation moyenne du niveau de la mer comprise entre 1 mètre (scénario modéré) et jusqu’à 3 mètres dans un contexte extrême.
Quelles solutions et aménagements durables ?
Face à ces défis, les autorités locales interviennent ponctuellement, mais les mesures de pompage et de prévention restent insuffisantes. Le gouvernorat de Tunis a annoncé des actions urgentes ciblant les zones les plus sensibles aux inondations : curage du bassin de l’ancien port de Tunis pour faciliter l’écoulement des eaux, renforcement des réseaux d’évacuation pluviale dans les secteurs bas comme Bhar Lazreg, et entretien des infrastructures d’assainissement. Ces initiatives visent à atténuer les impacts des fortes pluies et des submersions marines ponctuelles, tout en préparant la ville à faire face à des événements climatiques plus fréquents.
À l’échelle nationale, le gouvernement a également plaidé pour une coopération méditerranéenne renforcée en matière de gestion du littoral et de montée des eaux. Lors de récentes rencontres internationales, les autorités ont proposé une alliance régionale pour mutualiser les expertises techniques, attirer des financements et concevoir des solutions de défense côtière, allant de brise-lames à la reconstitution de plages pour amortir la puissance des vagues.
Sur le plan scientifique et urbain, des voix s’élèvent pour appeler à une révision profonde des plans d’urbanisme et à l’intégration des risques climatiques dans les politiques de développement. Cela inclut la protection des zones humides, qui jouent un rôle naturel de tampon contre les submersions, et l’adaptation des infrastructures essentielles comme les transports et l’habitat dans les zones basses.
Dans un contexte où le changement climatique transforme progressivement le visage des villes côtières méditerranéennes, Tunis se trouve aujourd’hui confrontée, en pratique, à un défi qui dépasse la simple gestion des crues : il s’agit de repenser l’avenir d’une capitale stratégiquement tournée vers la mer, mais désormais contrainte de composer avec elle.
