Médias en danger : sale temps pour les journalistes

Funérailles du journaliste d’Al Jazeera Mohammed Wishah, tué dans une frappe israélienne, à Deir al-Balah (Gaza), le 9 avril 2026.© Eyad Baba / AFP
Les journalistes font face à une multiplication des menaces, condamnations, assassinats et intimidations à travers le monde, dans un contexte de recul inquiétant de la liberté de la presse.
Nom : Kamel Daoud. Profession : journaliste. Il vient d’être condamné par la justice algérienne à trois ans de prison ferme pour avoir évoqué dans son dernier roman Houris, qui a décroché le prix Goncourt 2024, les traumatismes des années noires en Algérie, accusé ainsi d’avoir violé la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, mise en place depuis 1999 par le président Abdelaziz Bouteflika. Selon cette loi, il est désormais interdit d’évoquer en public la guerre civile.
Nom : Amal Khalil. Profession : journaliste, reporter libanaise dans Al-Akhbar, un quotidien fondé en 2006 par une figure de la gauche, tuée (ou plutôt pulvérisée) lors d’une frappe aérienne israélienne dans le sud du Liban.
Nom : Antoine Védeilhé. Profession : journaliste. Détenteur du prix Albert-Londres, il a été arrêté à son arrivée à Hong Kong et il a eu la chance d’être expulsé. Le motif de son expulsion ne lui sera jamais exposé. Il est, depuis, l’objet d’une violente campagne d’intimidation.
Même France Télévisions, qui diffuse en mai sa dernière enquête Hong Kong ne répond plus, a reçu des menaces anonymes citant nommément tous ses journalistes en Chine. Quelques incidents mineurs qui marquent pourtant le début d’une vaste opération d’intimidation contre les journalistes.
Bien sûr, la palme d’or revient certainement à Israël, qui est d’ailleurs responsable de la mort des deux tiers des journalistes tués dans le monde en 2025, selon le dernier rapport publié par le Comité pour la protection des journalistes, qui fait état de l’assassinat de 86 journalistes en 2025.
Parmi la centaine de victimes de Tsahal, la majorité étaient des Palestiniens qui couvraient l’actualité dans la bande de Gaza, apprend-on dans ledit rapport. Celui-ci précise « qu’Israël est largement le pays le plus représenté en ce qui concerne les assassinats ciblés ».
Quant aux journalistes emprisonnés, Israël partage le triste privilège d’envoyer les hommes des médias derrière les barreaux avec la Chine (environ 50 prisonniers) et la Birmanie (environ 30 détenus).
Face à ces statistiques « qui ne font plus honte » aux dirigeants de nombreux pays, on en viendrait presque à considérer que les abus de langage de Trump contre la presse ne sont que de simples amabilités.
Même si, depuis son retour à la Maison-Blanche, il a poursuivi en justice un bon paquet de journaux, interdit d’accès bien des journalistes, tout en menaçant des chaînes de télé.
Avec le déclenchement de la guerre en Iran, Trump est carrément enragé de voir les médias révéler qu’il avait pris la décision d’attaquer l’Iran sous l’influence du Premier ministre israélien et du Mossad, doublée de la lâcheté de ses conseillers.
Pour passer sa colère, il use de tous les noms d’oiseaux à l’égard des journalistes, qualifiés de « criminels », de corporatistes, d’« ennemis du peuple », propagateurs de « fake news », dans une rhétorique qui continue de durcir à mesure que les médias critiquent ses errements politiques et l’instabilité de son discours.
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