El Menzah, la promesse chinoise face au désert des stades tunisiens

 El Menzah, la promesse chinoise face au désert des stades tunisiens

En grande difficulté, la reconstruction du stade olympique d’El Menzah, confiée à une entreprise chinoise, remet en lumière l’état de délabrement avancé des équipements sportifs tunisiens. Plus qu’un chantier emblématique, le projet est un test de crédibilité pour un pays qui rêve déjà de retrouver la Coupe d’Afrique des nations.

Le dossier du stade d’El Menzah semble avoir enfin franchi une étape décisive. Réunie le 8 octobre à la Kasbah en présence de la cheffe du gouvernement Sara Zaafarani Zenzari, la Commission des grands projets a arrêté des décisions relatives à l’attribution des marchés, dont celui de la reconstruction de l’enceinte tunisienne par une entreprise chinoise.

L’identité de cette société, le coût global de l’opération et le calendrier détaillé des travaux ne sont toutefois pas encore rendus publics. L’Arlésienne était même devenue l’un des leitmotivs des opposants au président Kaïs Saïed qui avait visité le stade en ruines à de multiples reprises, en 2022 et 2023. Des architectes avaient alors évoqué le casse-tête de la localisation des fondations dont les plans initiaux auraient été perdus. Mais après des années de promesses, d’études et de reports, le passage à une phase d’exécution paraît se préciser.

 

Un monument à rebâtir, une procédure enfin tranchée

Le projet ne relève plus d’une simple rénovation. Il s’agit de reconstruire un stade devenu le symbole d’une lente dégradation du patrimoine sportif national. Fermé depuis plusieurs années, El Menzah, ancien fleuron sportif de la capitale, doit être rebâti avec des technologies récentes et mis aux normes internationales, tout en préservant une silhouette architecturale à laquelle les Tunisiens restent attachés. Piste d’athlétisme, gradins, équipements techniques et panneaux électroniques figurent parmi les éléments annoncés lors des précédentes présentations officielles.

La coopération avec la Chine avait déjà été formalisée par un protocole d’accord, avant une présélection d’entreprises au printemps. Le choix annoncé hier donne donc une réalité nouvelle à un chantier longtemps suspendu entre volontarisme politique et lourdeurs administratives. Reste l’essentiel : transformer cette décision en travaux visibles, suivis et achevés, avec en toile de fond la consolidation de l’influence grandissante de la Chine dans la région au détriment des industriels européens traditionnels.

 

Le rêve de la CAN à l’épreuve du réel

La reconstruction d’El Menzah ranime logiquement l’idée d’un retour de la CAN en Tunisie. Houcine Jenayah, dirigeant contesté de la Fédération tunisienne de football, a évoqué en début de semaine cette ambition, éventuellement dans le cadre d’une candidature conjointe avec un pays voisin si les stades requis obtenaient leur homologation. C’est que l’hypothèse flatte la mémoire collective : en 2004, apogée des années Ben Ali, la Tunisie avait accueilli et remporté son unique Coupe d’Afrique des nations, au sommet de son rayonnement footballistique.

Aujourd’hui, l’écart entre cette ambition et l’état actuel des infrastructures fait sourire certains internautes tant la perspective impose la prudence. Car depuis la finalisation du stade de Radès en 2001 (65 mille spectateurs contre 40 mille pour El Menzah), la Tunisie n’a pas livré de grande enceinte capable de redessiner sa carte sportive en plus de deux décennies. La dépendance à l’égard de Radès est par conséquent devenue une fragilité, alors que les exigences de la Confédération africaine de football en matière de sécurité, d’accueil, de diffusion et d’entretien ne cessent d’évoluer.

Le contraste est saisissant avec plusieurs voisins. Le Maroc avait accéléré la rénovation et la construction de ses stades à l’approche de grands rendez-vous internationaux de ces dernières années, tandis que l’Algérie inaugurait de nouvelles enceintes modernes. La Tunisie, elle, tente de remettre à niveau un équipement historique pendant que ses clubs et ses sélections subissent les limites d’installations vieillissantes, mal entretenues ou indisponibles.

Il serait cependant abusif de réduire les résultats décevants du football tunisien à la seule question des stades au moment où l’ensemble des éléments des Aigles de Carthage évoluent à l’étranger. Reste que des infrastructures fiables sont la base de la formation, du renouvellement générationnel et de l’organisation des compétitions. El Menzah peut redevenir un repère ; il ne suffira pas, à lui seul, à combler un retard accumulé. Pour que l’aspiration à la CAN redevienne crédible, la Tunisie devra faire de ce chantier le début d’une politique durable, et non la réparation tardive d’une exception.

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie