Algérie. Hirak : À l’épreuve du principe de réalité

« Le passé est un prologue », écrivait Shakespeare. D’où la question que tout le monde est tenté de se poser aujourd’hui : de quoi le Hirak algérien est-il le prologue ? Voilà des mois que les jeunes et moins jeunes, les barbus et les imberbes, les Arabes de souche et les Amazigh du pays battent le pavé pour dénoncer l’incurie, la corruption et la collusion des hommes au pouvoir, réclamant au passage la fin de la domination militaire. 

On ne peut qu’applaudir à la capacité des manifestants à montrer que la conscience collective ou nationale est suffisamment forte pour tolérer en son sein les divergences idéologiques de la société. De ce point de vue, le Hirak a mis fin à la fameuse insulte teintée de racisme sur l’incapacité des Arabes à se mettre d’accord « les Arabes ne sont d’accord que sur une seule chose : ne jamais être d’accord ». Face à l’hégémonie des casernes, le Hirak a lancé mot d’ordre largement relayé : la nécessaire et indispensable transition vers un pouvoir civil. Tout cela constitue la force du Hirak et on ne peut qu’applaudir à l’objectif politique commun à la société à savoir le transfert du pouvoir à des personnalités civiles qui organiseront la transition.

Jusque-là rien à redire, mais force est de constater que le populisme comme moment de transition, porté par un mouvement populaire déchiré entre la réalité d’une dictature libérale devenue « trop excluant » et le rêve d’une démocratie radicale, mais supposée être plus égalitaire et plus juste » se heurte partout au principe de réalité.

À un certain moment, il va bien falloir que cette vague de fond débouche sur des propositions précises, il faudra bien que des têtes de file se dégagent et prennent le risque de se mettre en avant.

Le risque est grand que la colère de la rue soit exploitée pour des motifs peu avouables et des personnages peu recommandables. On peut d’ores et déjà prédire que les courants idéologiques présents au sein du Hirak, notamment les islamistes et les identitaires berbéristes sont à l’affût. Si on ajoute à cela les mains étrangères qui rêvent de transformer l’Algérie en une nouvelle Libye, la boucle est bouclée. 

Les radicaux de la revendication amazighe et les islamistes revanchards ont en commun le rejet explicite de tout État souverain. Dans la perspective de la chute d’un pouvoir totalitaire, qu’ils pensent proche, sous la pression du Hirak, ils sont prêts à imposer à la société algérienne, un autre type de dictature imbibée d’idéologie fascisante. Ils encouragent un repli sur soi et un rejet systématique de l’autre, ils diabolisent au nom de la morale, mais l’irréparable n’est jamais loin.

Pour éviter à la société et aux futures générations de se tromper de révolution, il est nécessaire aujourd’hui au hirak de trouver la juste mesure entre le compromis et la compromission, le compromis, c’est accepter de conduire le pays vers une révolution pacifique, en acceptant (pourquoi pas) de s’engager dans des élections présidentielles qui seront sans aucun doute (atout majeur) les plus transparentes de l’histoire de l’Algérie. Et puis les candidats ne sont pas tous marqués du sceau de l’infamie, quand on voit le CV lourd d’un personnage comme Azzedine Mihoubi, poète et écrivain, un des plus jeunes leaders politiques du pays qui s’impose désormais comme l’alternative la plus crédible pour trouver un nouveau Président à l’Algérie.

La volonté du pouvoir de trouver une sortie de crise au moyen des élections, les propositions conciliantes ne devraient pas être balayées d’un revers de la main par les tenants du pouvoir réel de la rue.  Ce refus de la main tendue suivi par autant d’autres niet contre-productifs – risquent bien de finir par sceller le sort d’une véritable sortie de crise que l’on souhaite heureuse, du fond du cœur à nos amis algériens.

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