Asile : le Parlement européen classe la Tunisie parmi les « pays d’origine sûrs »

 Asile : le Parlement européen classe la Tunisie parmi les « pays d’origine sûrs »

C’est une réforme majeure de la politique d’asile européenne, à l’étude depuis décembre dernier. Le Parlement européen a adopté, aujourd’hui 10 février 2026, une série d’amendements aux règles européennes sur l’asile, incluant pour la première fois une liste commune des « pays d’origine sûrs », parmi lesquels figure la Tunisie. Une décision déjà contestée.  

La liste en question, prévue dans le cadre du Pacte européen sur la migration et l’asile, a été élaborée en partenariat avec le Conseil de l’Union européenne et vise officiellement à « harmoniser et accélérer le traitement des demandes de protection internationale au sein des États membres ».

En clair, dans ce nouveau cadre, les ressortissants de pays désignés comme « sûrs » sont présumés ne pas nécessiter de protection internationale, ce qui permet aux autorités européennes de soumettre leurs demandes à des procédures accélérées, notamment aux frontières ou en zones de transit. En d’autres termes, il s’agit de légaliser les expulsions express.

La liste comprend sept pays tiers non membres de l’UE : Bangladesh, Colombie, Égypte, Inde, Kosovo, Maroc et Tunisie. Elle inclut aussi les pays candidats à l’adhésion à l’Union, qui, sauf circonstances exceptionnelles (conflit armé, violations des droits fondamentaux, taux élevé de reconnaissance des demandes d’asile), sont présumés sûrs pour leurs propres ressortissants.

 

Polémiques et critiques autour de cette décision

L’adoption de la liste ne fait pas l’unanimité. Pour ses défenseurs, ce texte représente un outil de rationalisation des procédures d’asile, permettant une meilleure coordination entre pays européens et une réponse plus rapide aux flux migratoires considérés comme « infondés ». Cela s’inscrit dans une volonté commune de renforcer la gestion des migrations, réduire les disparités entre systèmes nationaux et alléger les pressions sur certains États membres.

Mais le choix d’inclure certains pays, notamment la Tunisie, suscite une forte opposition de la part d’organisations de défense des droits humains et de groupes de la société civile. À la veille du vote, 37 organisations internationales ont appelé le Parlement européen à rejeter cette liste, soulignant que la Tunisie ne répond pas aux critères d’un pays sûr en raison de la répression politique, de la restriction des libertés civiles et de violations des droits fondamentaux rapportées par plusieurs observateurs.

Selon ces critiques, la nouvelle réglementation pourrait conduire à une accélération des expulsions et à une privation de protection effective pour les demandeurs d’asile, en particulier les Tunisiens, et affaiblir les garanties d’un examen individuel et équitable des dossiers.

Du côté des organisations internationales dont Amnesty International, il est aussi pointé que ces réformes remettent en question certains principes fondamentaux du droit d’asile, tels que l’évaluation au cas par cas du risque de persécution et la protection contre les renvois vers des pays où la situation des droits humains est préoccupante d’après ces ONG.