Chronique.Les combats pour la liberté, l'égalité et la fraternité

Franck Ferville pour le Courrier de l'Atlas

L’écrivain Mabrouck Rachedi croque l’actualité. Ce mois-ci, l’auteur de “Tous les hommes sont des causes perdues” rend hommage à celles et ceux qui font avancer le monde.

Plus de 1 000 civils sont morts dans une énième bataille de l’interminable guerre en Syrie. De nouveau, la foudre s’abat sur la Ghouta orientale, guidée par les aviations russe et syrienne. Attaques ciblées contre des hôpitaux, cessez-le-feu non respectés, utilisation d’armes chimiques, raids aériens quotidiens, morts massives d’enfants… Les mille maux du monde semblent avoir décidé de cracher éternellement leur feu en Syrie. Dans cette guerre où le pire affronte le pire, un héros malheureux : le peuple, qui subit des assauts meurtriers de tous côtés. Difficile de voir de l’espoir sept ans après le début d’un conflit qui laisse présager un retour à la case départ : Bachar Al-Assad, un moment acculé, ­restera au pouvoir. Qu’elle semble loin la liberté pour des populations dont la vie est suspendue à la trajectoire d’un explosif aveugle !

L’injustice n’est pas dans le tissu

La liberté, c’est le combat de femmes iraniennes, qui ­réclament le droit de retirer leur voile. Fin décembre, Vida Movahed avait osé se dévoiler à un carrefour fréquenté de Téhéran. Aussitôt emprisonnée, relâchée un mois après, elle a été suivie par des dizaines d’autres, s’exposant à la même peine de prison. Il faut admirer leur courage, tout en rappelant que leur lutte n’est pas en contradiction avec celles qui se battent, en France, pour le droit de porter le voile. L’injustice n’est pas dans le tissu et ce qu’on veut bien lui faire dire, mais dans les pouvoirs qui veulent imposer ou interdire un ­vêtement. Le procureur général de la République islamique, qui qualifie la remise en cause de l’obligation du port du voile de “puérile”, est aussi condescendant que ceux qui pensent les femmes voilées incapables de faire un choix en conscience.

L’égalité, c’est le combat de femmes tunisiennes en matière successorale. Quatre-vingt et une association et plus de 1 000 manifestants ont battu le pavé à Tunis pour que les hommes n’aient plus droit à deux fois la part d’héritage des femmes. C’est une question sensible dans les pays musulmans, car elle est inscrite dans les textes religieux. Ce qui était un progrès de la condition féminine au VIIe siècle, à l’époque de la Révélation, justifie une inégalité qui assoit le patriarcat. La transmission paritaire entre enfants de sexes différents ne peut se faire que via donation du vivant, un accommodement qui donne l’impression “d’une faveur, pas d’un droit”, selon l’un des slogans de la manifestation. Rappelons que c’est au nom de la tradition religieuse qu’en Europe, certains justifient et/ou préconisent des mesures inégalitaires. Aussi vrai que les identités évoluent, les lois peuvent elles aussi changer.

La victoire des “indigènes du rail”

La fraternité, c’est le combat de plus de douze années gagné par les chibanis marocains de la SNCF. Le 31 janvier dernier, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement rendu en première instance, mais il ne sera jamais trop tard pour honorer ces 832 “indigènes du rail”, embauchés sous un statut inférieur aux cheminots européens. Ils ont gagné en leur nom et en celui des milliers d’autres dans le même cas, dont certains vivent encore en foyer dans des conditions indignes. S’ils ne sont pas tous rétablis dans leurs droits de leur vivant par la justice, espérons que leur mémoire sera célébrée par leurs descendants. C’est leur histoire, leur persévérance et les leçons qu’ils nous ont enseignées qu’il nous revient de raconter. 

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