Chronique.Trump contre le reste du monde

crédit photo : F. Ferville pour Le Courrier de l'Atlas

L’écrivain Mabrouck Rachedi croque l’actualité. Ce mois-ci, l’auteur de “Tous les hommes sont des causes perdues” évoque les conséquences du retrait des Etats-Unis des accords sur le nucléaire iranien.

En cette période de ramadan, on aimerait que l’esprit de paix du mois sacré embaume le monde. Mais en décidant unilatéralement le retrait des Etats-Unis des accords sur le nucléaire iranien, ­Donald Trump s’est une nouvelle fois mis en marge de la communauté internationale. Il a aussi allumé une étincelle au Moyen-Orient, où Israël a bombardé des positions iraniennes en Syrie, avec une intensité inédite. Depuis le début de son mandat, le président américain semble emprunter à l’ayatollah Khomeyni sa rhétorique du grand Satan contre la République islamique d’Iran. S’il cherchait à provoquer une guerre, il ne s’y prendrait pas autrement.

En bafouant la parole donnée le 14 juillet 2015 par ­Barack Obama, les Etats-Unis entérinent le fait qu’un pays signataire d’un traité international n’engage le pouvoir qui y appose son paraphe que le temps de son mandat. Il sera désormais difficile de prêter légitimité à des accords datant de plusieurs dizaines d’années, quand on s’est retiré en moins d’un an de ceux sur le climat et ou le nucléaire iranien. Ces derniers prévoyaient la levée des premières restrictions sur l’Iran pour 2025. Mais que signifie désormais un horizon de dix ans quand un président américain élu pour quatre ans peut redistribuer les cartes à sa guise ?

La communauté internationale prise en otage

Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), “l’Iran est soumis au régime de vérification nucléaire le plus ­solide du monde”. Aussi le pays tient-il “ses engagements”. Trump contredit ces affirmations, avec force déclarations choc, discréditant ainsi toutes les autres missions de l’organisation internationale sous la tutelle des Nations unies. Si l’AIEA et l’ONU sont à ce point aveugles en Iran, qui dit que ce n’est pas le cas dans d’autres parties de monde ?

La communauté internationale est prise en otage par les foucades de Trump. Le numéro de charme de dernière minute d’Emmanuel Macron n’a servi à rien. Suivant le principe d’extraterritorialité de leur justice, les Etats-Unis s’arrogent le droit de poursuivre les entreprises étrangères partout dans le monde. Total, Renault, PSA, Accor ou encore Airbus, qui ont signé des contrats pour ­plusieurs milliards, se retrouvent ainsi menacées. Tout nouveau contrat avec l’Iran est interdit et les termes de ceux déjà signés devront être revus sous cent quatre-vingts jours.

Hiroshima, Nagasaki... Quelle ironie !

On ne répétera jamais assez qu’ironiquement, les Etats-Unis sont le seul pays à avoir utilisé l’arme atomique à grande échelle sur des populations civiles à Hiroshima et Nagasaki. Les plus de 200 000 morts ­provoqués par deux bombes de puissance infiniment inférieure à celles d’aujourd’hui devraient avoir défi­nitivement vacciné le monde. Mais c’est ce même pays, auteur d’un crime contre l’humanité jamais condamné, qui dicte les règles sur le nucléaire.

Les pays détenteurs de l’arme nucléaire ont beau jeu de ratifier les traités de non-prolifération, ils n’auront aucun poids tant qu’ils ne s’engageront pas eux-mêmes à se débarrasser de leur propre arsenal. Les nations qui ne possèdent pas l’arme nucléaire se mettent à la merci de celles qui la ­détiennent. Accepter ce pouvoir indéfiniment n’est pas une position tenable. Ce serait admettre que des Etats auraient un droit supérieur, sans que cela ne soit fondé sur rien.

Contrairement à l’idée reçue, la démocratie ne met pas à l’abri des inconséquences de ses dirigeants. Trump en est la preuve. Abolir le nucléaire, c’est une question de justice, mais c’est aussi une façon de protéger l’humanité contre elle-même. 

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