Cinéma.Terre fatale

Presse

Immersion dans un village dévasté par les années noires, “Atlal”, le premier documentaire du réalisateur algérien Djamel Kerkar, séduit par sa force de proposition. Entre stigmates, souvenirs et espérance. 

Voilà maintenant plus de dix ans que la guerre civile algérienne, dite la “décennie noire”, est terminée, mais ses stigmates sont encore douloureux. Dans les chairs et les corps, bien sûr, et aussi dans les paysages. C’est ce qu’entreprend de raconter Atlal, un beau documentaire à la fois ­humain et topographique. Son auteur, le cinéaste Djamel Kerkar, s’est attardé dans la commune de Ouled Allal, située dans la région de la Mitidja, autrefois réputée pour ses terres agricoles. Il la définit comme un “territoire suspendu”. On y voit ainsi un homme se réjouir que les arbres fruitiers repartent enfin à la production. Les plantations rasées ou incendiées pendant la guerre reprennent peu à peu vie. De par sa position géostratégique, “en plein triangle de la mort”, cette zone a été le théâtre de lourds affrontements entre milices ­islamistes et armée régulière. Le film commence par une bande vidéo récupérée dans les décombres.

Des ruines et des hommes

Pas de voix off ou de narrateur pour perturber l’agencement magistral des images. Juste des vues du village au tout début de sa destruction. On y découvre des ruines – “atlal” en arabe – qui font penser à des chantiers inachevés ou en perpétuelle construction. De bâti en bâti, de personnage en personnage, le film joue sur des sensations visuelles et des témoignages. Un jeune, dont l’obsession est de fuir vers l’Europe, passe ses ­soirées à se vider la tête avec ses amis en chantant du hip-hop. A seulement 20 ans, il garde les séquelles de sa fuite du village, lorsqu’il était enfant. Une belle et longue séquence raconte cette histoire. La nuit, ­autour d’un feu et d’un poste de musique, les habitants se confient, évoquent leur peine et leurs espoirs. Les femmes, absentes à l’image, car absentes de l’espace extérieur, occupent nombre de conversations. Amours perdues, conquêtes à venir ou famille délaissée... Les récits s’enchaînent.

Un documentaire primé

Il y a de la tristesse dans ce portrait en coupe, une ­espèce de fatalité qui peut sembler désespérante tant le temps semble filer sur les idéaux de chacun. Un vieil homme montre une série de photos de sa vie, depuis sa jeunesse jusqu’à ses dernières années vaillantes. Il raconte comment il a lutté pour préserver dignité et courage face à l’adversité. A une terrasse de café, des témoins évoquent la folle résistance des derniers à être restés au village pendant la guerre.

Dans la lignée de ses compatriotes, de plus en plus nombreux à percer avec succès dans le cinéma du réel, Djamel Kerkar a reçu pour ce film le prix Premier, consacré à un nouveau cinéaste du Festival international du documentaire (FID) de Marseille. On attend la suite avec impatience. 

Atlal, un documentaire algéro-français de Djamel Kerkar, durée : 1h41

MAGAZINE MARS 2018

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