Des quartiers (r)assemblés autour des listes de gauche

Toulouse, février 2025. Troisième édition des Rencontres nationales des quartiers populaires. À droite, en chemise bleue : François Piquemal, candidat à la mairie. Paul Roquecave/Hans Lucas via AFP
Lors du prochain scrutin, l’Assemblée des quartiers aura à peine deux ans d’existence. Mais, malgré les adversités, elle s’est déjà imposée comme une nouvelle force politique au sein d’alliances à gauche dans plusieurs villes, dont Toulouse et Montpellier.
Lorsque, le 5 décembre dernier, le candidat LFI à la mairie de Toulouse, François Piquemal, a présenté sa liste unitaire à la presse, la première alliée à qui il a cédé la parole a été Ilham Grefi, de l’Assemblée des quartiers. En quelques mots, la militante a résumé le sens de l’engagement de son organisation dans cette campagne : « mettre les quartiers au cœur de la politique municipale » et au centre de « l’action publique » à toutes les échelles.
La capitale de la région Occitanie est aujourd’hui la plus importante des villes du pays (bientôt la troisième démographiquement, hors agglomération, derrière Paris et Marseille, mais devant Lyon) où, en cas de victoire en mars prochain, l’Assemblée des quartiers pourrait se retrouver dans l’exécutif local, avec d’autres forces politiques. La liste Demain Toulouse, conduite par François Piquemal, compte aussi le NPA, Tous pour Toulouse (petit mouvement citoyen des quartiers), ainsi que des membres des écologistes et d’Archipel citoyen (opposition de gauche) en rupture avec leurs formations respectives, qui ont fait le choix d’une alliance avec le PS.
Autre configuration politique à Montpellier, où l’Assemblée des quartiers a rejoint la liste du Printemps montpelliérain conduite par l’écologiste Jean-Louis Roumégas, et où se trouvent aussi L’Après (la formation créée en 2024 par Clémentine Autain, Alexis Corbière, Raquel Garrido, etc., ensuite exclus de LFI) et Génération·s.
À Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, l’Assemblée figure sur la liste Bagnolet collectif, conduite par Édouard Denouel aux côtés de LFI, d’EELV et de Bagnolet en commun. Dans les deux cas, le Printemps montpelliérain et Bagnolet collectif affronteront, comme à Toulouse, d’autres listes de gauche, généralement autour d’un candidat socialiste.
Là où elle a noué des alliances, l’Assemblée des quartiers s’est arrimée à une gauche « solide sur ses appuis », restant sur le chemin où elle s’était engagée dès sa création, le 27 avril 2024, à la Bourse du travail, à Paris. Des anciens du Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), du Forum social des quartiers populaires (FSQP), du Tactikollectif, des activistes du Comité Adama, d’AC Le Feu, de différents collectifs Vérité et Justice et d’organisations locales s’étaient alors retrouvés, relançant la dynamique créée autour de l’appel « On s’en mêle » au printemps 2022, lors des élections présidentielle et législatives. Face au risque de voir l’extrême droite parvenir à l’Élysée, cet appel avait soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon.
« On parle d’une même voix »
Presque quatre ans plus tard, la perspective d’un virage clairement fasciste au sommet de l’État est toujours bien présente. Mais, entre-temps, l’Assemblée des quartiers a pris place. Et quels que soient les résultats obtenus le 22 mars au soir, la campagne municipale aura, a minima, permis l’affirmation de cette nouvelle force dans le paysage politique national.
« J’ai le sentiment qu’on est parvenu à un moment où, dans les quartiers, on voit ce qui n’a pas marché auparavant, quand on entrait en politique, dans les partis, pour finir bien souvent comme faire-valoir… », témoigne Kouider Benmessaoud, l’un des animateurs de la campagne toulousaine.
Ce quinquagénaire, acteur associatif, DJ pionnier de la scène rap locale, qui a grandi à La Reynerie, dans le Grand Mirail, où il continue d’intervenir, dit avoir trouvé dans l’Assemblée des quartiers un espace où « on peut parler d’une seule voix, réunis, ensemble. Avant, on était chacun dans notre quartier, sur nos activités, on n’avait pas l’initiative de bosser tous ensemble à l’échelle de la ville. Là, on s’est mêlés, on parle d’une même voix et on est mieux repérés », note-t-il avec satisfaction.
Autre dérapage lourd de sens à Montpellier, où l’hebdomadaire satirique L’Agglorieuse a publié, courant novembre, un dessin « humoristique » représentant Tarek Kawtari, figure historique du MIB et de l’Assemblée des quartiers, sous la forme d’un poisson mutant entouré de femmes voilées et d’hommes barbus émergeant d’une fange estampillée « quartiers populaires ». En arrière-plan, les colonnes de l’Assemblée nationale, au sommet desquelles des responsables de la gauche montpelliéraine lancent des hameçons… L’Assemblée des quartiers et le Printemps montpelliérain ont répondu par une lettre dans laquelle ils dénoncent le retour du « vieux bestiaire du racisme colonial ».
Il va donc aussi falloir se frayer un chemin à travers une certaine gauche considérant avec suspicion les « Indigènes » qui votent, et des médias qui, au nom de la liberté d’expression, publient des caricatures dégoulinant de racisme. Le tout dans un climat politique global très droitisé. Mais quelque chose se dessine, un élan dont le scrutin municipal pourrait permettre de mesurer la dynamique.
« C’est la première fois que je me balade dans le quartier avec le costume de quelqu’un qui pourrait avoir du pouvoir… et c’est fou, en fait ! raconte Kouider. On reproche souvent, à juste titre, aux responsables politiques de se parachuter sur le terrain. Moi, aujourd’hui, c’est le contraire : le terrain et les gens que j’y croise me rappellent que je suis légitime. »
Engagé dans une campagne très dynamique pour Demain Toulouse, le militant a bien conscience de l’importance de ce réservoir de votes : « Si on continue notre travail sur les quartiers et que tous les habitants se mettent à voter, ça peut être une grosse victoire. »
