Dossier du Courrier.Palestine : Résister autrement

crédit photo : Ali Dia/AFP

Des colonies qui prolifèrent au mépris des résolutions de l’ONU aux déclarations dangereuses de Donald Trump sur Jérusalem, la Palestine fait face à un autre péril tout aussi pernicieux. Israël tente de piller son patrimoine culturel, archéologique et culinaire notamment.

Quand on évoque la Palestine occupée, ce sont toujours les mêmes images qui viennent à l’esprit. Des immeubles aux ventres béants, des impacts de balles sur les façades quand il en reste, des cratères aux milieux des rues. Pourtant, une autre guerre se joue insidieusement dans d’autres domaines : la musique, le cinéma, la cuisine, l’archéologie, la mode. Cette autre forme de colonisation porte un nom. C’est l’appropriation culturelle. Une expression est très utilisée outre-Atlantique, aux Etats-Unis, où plusieurs polémiques ont éclaté propos de la spoliation de la culture amérindienne. Cette appropriation par Israël a un but précis : présenter la Palestine, comme une “terre sans peuple pour un peuple sans terre”, un pays sans culture, sans histoire. Et qu’est-ce qu’un peuple sans histoire ? Un peuple qui n’existe pas.

Réecrire l’histoire ?

Cette tentative d’effacement est un “mémoricide” pour l’historien israélien, Ilan Pappé dans son livre Le Nettoyage ethnique de la Palestine (Fayard, 2008). Il y démontre comment le Fonds national juif (FNJ) s’approprie les terres palestiniennes. “La dépossession s’est alors accompagnée de changement de nom des endroits pris, détruits et maintenant recréés. Cette mission a été accomplie avec l’aide d’archéologues et d’experts de la Bible”, afin d’“hébraïser la géographie de la Palestine”. Vilipendé en Israël, cet auteur fait partie des “nouveaux historiens” qui réexaminent de façon critique l’historiographie officielle. Si 1948 est la date fondatrice de l’Etat d’Israël, c’est aussi et surtout dans la mémoire arabe, la Nakba, (“la catastrophe“, ndlr), dont on commémorera le 15 mai prochain, le 70e anniversaire.

Selon la version israélienne, les Palestiniens ont quitté leurs terres et leurs maisons volontairement à l’appel de leurs gouvernants et des pays arabes voisins. Pourtant, entre novembre 1947 et juin 1949, 750 000 Palestiniens sont expulsés ou fuient les exactions dans les territoires sous contrôle israélien. “Israël n’est pas responsable de la tragédie des Palestiniens ; leurs leaders, si”, déclarait en 1998 le Premier ministre de l’Etat hébreu, Benyamin Nétanyahou. Une application, iNakba, développée par l’ONG israélienne Zochrot, ébrèche cette réécriture de l’histoire, permettant de localiser 400 à 500 villages palestiniens détruits en 1948.

Effacer la présence palestinienne

Peu de gens connaissent cet épisode oublié et exhumé par Benny Brunner et Arjan El Fassed dans leur film The Great Book Robbery, souligne l’écrivain et chercheur indépendant Roger Sheety. Entre 1947 et 1948, des livres, des tableaux, des enregistrements musicaux, ont été pillés par les milices (composées d’Européens et de Russes) dans les maisons, bibliothèques et institutions palestiniennes. Les auteurs y expliquent qu’au moins 70 000 ouvrages palestiniens ont été volés sciemment à leurs propriétaires. Idem en 1982, pendant l’occupation du Liban, l’armée israélienne cible les maisons des réfugiés palestiniens et repart avec toutes leurs archives (des milliers) qui avaient été mises à l’abri.

Des tentatives de résistance

Pour contrer cette volonté d’effacement, la société ­civile se mobilise. A Jérusalem, le Centre d’information alternative de Jérusalem organise notamment des visites de la vielle ville pour montrer la colonisation et ses effets. En France, le chanteur HK pratique aussi une résistance pacifique et alternative. Cet artiste français qui se dit “sensible à cette cause depuis des années”, lance l’appel “Le temps de la Palestine”, pour faire de 2018 l’année de la Palestine en France. “C’est une contre-manifestation à l’année d’Israël en France. Normalement, la position française officielle est le respect des résolutions de l’ONU, Jérusalem capitale de deux Etats. En même temps, il y a une ­année d’Israël sans la Palestine. C’est faire comme si le pays n’existe pas et les Palestiniens non plus. La Palestine, c’est une histoire, une culture, un patrimoine. Nous avons imaginé une programmation très culturelle pour la montrer telle qu’elle est, en vie !”, résume-t-il. 

MAGAZINE FEVRIER 2018

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