Economie.Meet my Mama, le goût de l'humanisme

crédit photos : Meet my mama

Cette start-up, qui conjugue business et innovation sociale, est en passe de révolutionner le secteur des artisans traiteurs. La recette : miser sur les talents culinaires des femmes au foyer d’origine étrangère. 

“Ouvrir les goûts et les esprits” telle est l’ambition de Donia Souad Amamra, 26 ans, Loubna Ksibi, 27 ans et Youssef Oudahman, 31 ans, les cofondateurs de cette food-tech née en 2017. Tous les trois fondus de cuisine du monde, ils ont puisé leur inspiration tant en Cali­fornie qu’en Asie du Sud-Est, et sont persuadés que le savoir-faire culinaire des femmes au foyer est un patrimoine peu valorisé et largement inexploité.

Deux ans après sa création, Meet my Mama a régalé plus de 50 000 convives, organisé entre 80 et 100 repas chaque mois, soit plus de 1 200 événements, cocktails et autres banquets. Fort d’un chiffre d’affaires de plus de 600 000 euros, le trio ne cesse d’étoffer ses équipes pour conforter son essor.

Derrière les fourneaux ? Près de 200 “mamas”, des réfugiées, des femmes issues de l’immigration ou des épouses d’expatriés originaires des quatre coins du monde (Sri Lanka, Brésil, Russie, Maroc, Sénégal, ­Pérou...). Tous les mois, 50 d’entre elles concoctent des menus correspondant aux désirs d’escapades gustatives des clients. Lors de ces “voyages culinaires”, ils peuvent découvrir “l’escale berbère”, mettre le cap sur “les plages brésiliennes”, faire une “pause ottomane” ou dévorer des “aurores islandaises”...

“La plupart d’entre elles cuisinent depuis leur plus jeune âge et ont cumulé une expérience de trente ans, soit 20 000 à 30 000 menus, en préparant des repas matin, midi et soir pour leur famille. Mais elles ne se sont jamais rendu compte qu’elles pouvaient vivre de ce savoir-faire”, expose Youssef, diplômé de la Skema Business School et en charge des ressources humaines ainsi que de la partie administrative et financière de Meet my Mama.

Des clients prestigieux : Apple, Danone, LVMH…

Plus de 250 entreprises ont confié l’organisation de leurs buffets et repas à Meet my Mama. Parmi elles des grands noms comme Hermès, Danone, LVMH, Google, BNP, Station F, Harmonie Mutuelle, Apple, etc. Le ­secret d’un tel portefeuille ? “Le bouche-à-oreille. Nous avons présenté le concept dans des concours pour start-up et à chaque fois une des personnes présentes nous ­disait : J’ai un event bientôt et j’aimerais vous faire intervenir. Ils étaient embarqués par la vision et avaient envie d’y contribuer. Nos clients sont devenus nos meilleurs ambassadeurs. Ils se reconnaissent dans nos ­valeurs et notre état d’esprit et font eux-mêmes notre promotion”, se ­réjouit Loubna Ksibi, diplômée de la Business School du groupe Mines Telecom et ­responsable de la communication et du marketing.

Côté cuisinières, comment se déroule le recrutement ? “Cela passe aussi via le bouche-à-oreille. Chacun d’entre nous connaît une femme qui mijote d’excellents plats et aimerait en vivre. On en trouve dans toutes les communautés”, souligne Donia, en charge de l’opérationnel, du recrutement et de l’accompagnement des meilleurs talents culinaires. L’équipe commence par rencontrer la future chef chez elle où elle leur fait goûter ses spécialités. “Il est important de faire connaissance, de découvrir les envies et les contraintes de chacune des personnes avec qui nous envisageons de travailler afin que nous puissions mettre au point la meilleure collaboration possible. Chacun raconte son histoire et ses rêves”, détaille cette diplômée d’un master en affaires publiques à Sciences-po.

Un laboratoire d’innovation sociale

Et les fondateurs de cette start-up ne se contentent pas de faire du business. Ils ont aussi à cœur de favoriser l’innovation sociale via la structure Empower my Mama, qui a pour mission de former toutes les recrues à l’hygiène et à la sécurité alimentaire. “Ce certificat correspond au tout premier diplôme pour nombre d’entre elles”, fait remarquer Youssef. Ensuite, selon le niveau de chacune, elles prennent part à des cours de design culinaire, perfectionnent leur français et sont également initiées aux soft skills, comme l’art oratoire. Car le client peut faire intervenir la personne qui a cuisiné pour l’événement afin qu’elle raconte son parcours et l’histoire de ses recettes.

Quand elles ont un souci administratif, les cuisinières peuvent s’adresser à Help my Mama, qui trouve des réponses à leur imbroglio. Besoin d’un laboratoire où produire les commandes ? Elles peuvent accéder à l’espace de “cook-working” mis à disposition. Envie de rêver grand et de lancer un projet de boulangerie ? La structure les oriente vers Launch my Mama. “On va même lancer une crèche pour que toutes puissent suivre leur formation sans se soucier des problèmes de garde d’enfant”, poursuit Youssef.

Autant de prestations et d’attentions qui permettent de structurer une filière traiteur où de nombreuses ­personnes travaillent au black. “Entre 2008 et 2018, 10 000 statuts d’auto-entrepreneur concernaient des traiteurs à domicile, souvent des femmes. Il faut savoir que le taux de défaillance est supérieur à 50 % la première ­année. Car souvent, si elles sont de véritables cordons bleus, elles ne savent pas démarcher ou gérer, ni calculer les coûts. Nous, nous leur achetons les prestations quatre à cinq fois plus cher que certains acteurs du marché, car notre cahier des charges est drastique”, poursuit Youssef. Et surtout, Meet my Mama les incite à avoir d’autres clients pour éviter de créer une dépendance.

Décliner le concept en province et l’international

Et côté menu, qui décide ? Les cuisinières ont carte blanche… tant qu’elles respectent la charte alimentaire qui implique le recours au bio tant que possible et à la viande hallal. “Il faut que les mets plaisent à tout le monde. Par exemple, il faut adapter les plats épicés aux palais européens. Et que ce soit sain, équilibré et ­visuellement joli.”

Comme s’il n’en avait pas assez, le dynamique trio – qui ambitionne de devenir le leader des traiteurs responsables en France – se donne encore des objectifs. “Le premier sera de se développer à l’international, dans des capitales comme Bruxelles, Genève, Londres ou Berlin. Mais aussi d’installer le concept en province...” Les start­uppers verraient bien aussi d’autres déclinaisons pour les Mamas : restaurants éphémères, livraison à domicile, plats mis en vente dans les supermarchés… 

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