Editos.Emmanuel, philosophe à l'essai

Crédit photo : Geoffroy Van Der Hasselt/AFP

Le directeur de la rédaction, Abdellatif Elazizi revient sur l'aspect philosophique d'Emmanuel Macron à l'Elysée.

A la veille de la présidentielle française, on s’était pris à voir en Emmanuel Macron ce garnement iconoclaste qui allait enfin secouer le cocotier, bousculer les us et coutumes d’une gérontocratie politique, profondément assoupie à l’ombre des injonctions de la haute finance mondiale. Cet enthousiasme était d’autant plus justifié qu’on avait en face de nous un sage en culottes courtes. Un blanc-bec doublé d’un philosophe à l’Elysée ! Du jamais vu.

Celui qui ne cessait de faire appel à la raison du cœur expliquait alors à ses admirateurs ébaubis : “C’est [Paul] Ricœur (le philosophe dont le Président fut l’assistant, ndlr) qui m’a poussé à faire de la politique parce que lui-même ne l’avait pas fait”. Assez pour séduire une grande partie de la population assoiffée de sagesses extrême-orientales, des Français qui se tournent de plus en plus vers des “spiritualités laïques” (on n’a plus peur de cet oxymore) pour calmer leur angoisse face à un monde de plus en plus difficile à décrypter et un avenir encore plus incertain.

Compte tenu des sentences lourdes de sens d’Emmanuel Macron, savamment distillées dans bien des assemblées, et ce, bien avant l’aventure qui a précédé l’élection présidentielle, on s’attendait forcément à une action politique originale inspirée des grands principes éthiques de la philosophie. Une approche qui rompt décisivement avec l’économisme ambiant et la culture du chiffre inspirés du libéralisme sauvage outre-Atlantique.

Suivre Aristote

Sur le devoir d’assistance aux peuples en danger, il martelait avec enthousiasme aux Cassandre stupéfaits : “Nous devons accueillir les réfugiés, c’est notre devoir, c’est notre honneur.” Du coup, on s’était pris subitement à croire en cette France, fidèle à ses racines chrétiennes “capable d’accueillir toute la misère du monde”. Une fois en selle, Macron a-t-il été fidèle à cet électorat en mal d’une “offre politique” inédite ?

Rien n’est moins sûr. Passés les cent jours qui se sont écoulés depuis sa victoire, le 7 mai dernier, les actions, faits et gestes du Président en disent déjà long sur la volonté et la capacité du chef d’Etat à gouverner autrement. D’autant plus que ses premières mesures, qui sont avant tout d’ordre budgétaire, sont loin d’être populaires, le clou du spectacle étant l’épisode absurde de la baisse de 5 euros par mois de l’Aide personnalisée au logement. La chute de sa cote de popularité, qui vient de dégringoler plus vite que celle de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande, en dit long sur le dépit de ses électeurs.

Mais c’est plutôt la posture du Président, son obsession à toujours paraître comme un “président jupitérien” qui interpelle le plus. Comment un président “philosophe” peut-il être aussi obnubilé par le pouvoir au point de se mettre à dos, même ses propres équipes aux commandes ? Dans la griserie du pouvoir, entre courtisaneries ambiantes et bonne chère, Emmanuel, le bien nommé, se souviendra-t-il encore de ses cours de philo ?

Bien sûr, on n’attend pas de lui qu’il se comporte comme Diogène, philosophe de la radicalité qui appelait à se libérer des désirs illusoires, des liens de subordination et même des normes sociales, mais juste qu’il apporte un peu d’humanité dans ses programmes, qu’il traduise dans les faits l’éthique d’un Aristote qui se plaisait à faire l’éloge de cette vertu qui débouche sur du concret, ce qui consiste non pas simplement à “connaître les choses belles et justes mais surtout à agir conformément à elles”.

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