Dans la peau de SIndbad et Marco Polo

 Dans la peau de SIndbad et Marco Polo

crédit photo : Agnès Mellon


Durant mille ans, la Méditerranée et ses extensions sur l’océan Indien furent au cœur des échanges commerciaux. Un commerce florissant jusqu’au XVIIe siècle que notre ère moderne a mondialisé vers d’autres horizons. A Marseille, une exposition retrace cette épopée passionnante


Pour parler d’aventures et de mer, le Mucem, inauguré en 2013, sur les confins du Vieux Port de Marseille, est idéal. Sentir les embruns marins plonge d’emblée dans une atmosphère propice à l’explo­ration. On se prend dès lors à rêver d’in­carner un temps Sindbad ou Marco Polo. Négocier de la soie de Chine, de la porcelaine de Perse ou des épices d’Inde… Car les richesses d’hier ont construit les grandes aventures maritimes, entre la Méditerranée et l’océan Indien.


 


Tempêtes et attaques de pirates


Le premier sentiment que ressent le visiteur de l’exposition “Aventuriers de mers”, c’est la peur. Et il y a de quoi ! Une gigantesque mâchoire d’un ancêtre de requin trône à l’entrée pour rappeler les dangers du grand large. Sans remonter aux sirènes d’Ulysse ou à la mythologie grecque, l’aventure en mer, c’est accepter de se risquer vers des horizons incertains, braver les tempêtes et les attaques de pirates. Une œuvre extraite du manuscrit de Rashid Al-Din, datant du XIVe siècle, montre Jonas, prophète des temps anciens, qui passa trois jours et trois nuits dans le ventre d’une baleine.


Dépasser la peur, c’est construire le progrès. Si l’homme n’avait pas souhaité affronter l’inconnu, les trouvailles scientifiques n’auraient pas été réalisées. Autrefois, les marins naviguaient à vue. Très vite, pour se repérer, on fait appel à la cartographie et aux instruments de navigation (règle, compas, astrolabe, etc.). Les premières cartes sont plates et sans grande précision, comme celle ­d’Al-Sharfi (vers 1600), qui indique l’ensemble des mers connues. Mais le clou de l’exposition est le fac-similé de l’exceptionnel planisphère de Fra Mauro (1459), déroutant à première vue puisqu’il se lit à l’envers, le sud étant représenté en haut à cette époque.


On pénètre ensuite dans une vaste caverne d’Ali Baba. Vestiges archéologiques ou trésors retrouvés dans les épaves, les richesses d’antan sont stupéfiantes : olifants, pièces en ivoire sculpté, porcelaines et miroirs en bronze… Près de 200 objets inestimables de l’époque abbasside ou de la dynastie Tang sont réunis pour la première fois en France.


 


Hommage à Vasco de Gama


L’exposition fait aussi la part belle aux changements opérés dans le négoce international. La chute de Constantinople, en 1453, signe en effet la fin de la domination arabe sur les routes des produits d’Orient. Il en va de même des expéditions de Vasco de Gama, qui, en contournant l’Afrique, change définitivement la dynamique des échanges entre l’Orient et l’Occident. Une tapisserie de 4 mètres de hauteur et de 8 mètres de long lui rend hommage. ­Enfin, sur un tableau évoquant la bataille de Lépante (qui ­opposa la puissante ­marine ottomane à la flotte chrétienne en 1571), on voit se profiler le futur du commerce : deux hommes riches assis avec des pièces d’argent et d’or.


Mettez le cap jusqu’à Marseille pour ­découvrir cette exposition efficace et utile pour qui veut comprendre le commerce en se sentant une âme d’aventurier de bateau au long cours.


MAGAZINE SEPTEMBRE 2017 

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).