Editos.L’après-Corona : Mohammed VI et la souveraineté nationale

Il n’est plus question que de distanciation sociale or, ce qui saute aux yeux aujourd’hui, c’est bien la distanciation économique, des frontières étanches à la circulation des biens autant qu’à celle des personnes, des gouvernements qui ferment carrément leurs portes à l’entrée de produits concurrents où au, contraire d’autres Etats (l’Oncle Sam, en l’occurrence) qui détournent des produits de première nécessité (les masques par exemple), comme au bon vieux temps des attaques de diligence. 

Confrontés à la pandémie du coronavirus et à ses conséquences économiques catastrophiques, les dirigeants ne parlent plus que de souveraineté́, désormais la résilience, cette capacité à se dire que l’épreuve sert d’appui pour une reconstruction ultérieure, et que tout pourra redémarrer comme avant, devra tenir compte des impératifs de « démondialisation » ou plutôt de « dés-américanisation » qui se profilent comme un horizon indépassable.

Tout porte à croire que nous entrons dans une phase de rupture du modèle néolibéral issu de la mondialisation. Et ce n’est pas seulement une question de fermeture des frontières, la crise du Covid-19 a mis à terre les slogans faussement fédérateurs, des Etats en principe alliés se claquent la porte au visage sans pudeur.

Les États-Unis, occupés à compter leurs morts ont définitivement tourné le dos au reste de la planète. Ce qui paraît aujourd’hui comme un choix souverain, sera sans aucun doute demain, une nécessité et encore, dans la perspective sûre d’une nouvelle guerre froide qui semble inévitable, avec le bras de fer Donald Trump et Xi Jinping, comme il n’y aura plus beaucoup de marge de manœuvre au royaume dans cette nouvelle polarisation.

Le virus a fortement infecté la mondialisation, et à défaut de revenir au protectionnisme de bon papa, il reste aux Etats à se concentrer sur les points forts de leurs économies et limiter au maximum la dépendance.

Dans ce nouveau désordre mondial, les économies nationales les plus solides vont se refermer sur elles-mêmes, le Maroc, malgré́ ses faiblesses structurelles, devra miser avant tout sur la consolidation de ses relations économiques à l’échelle régionale, à commencer par l’Afrique.

Sur ce plan, le royaume semble déjà sur la bonne voie. Bien sûr, on ne va pas se voiler la face, le choc de l’après-Covid-19 sera terrible, déjà bien des entreprises ont mis la clé sous la porte et des milliers de salariés sont au chômage. Il faudra bien des plans spécifiques pour sauver les secteurs économiques les plus impactés par le virus, comme « le tourisme, l’industrie automobile  ou encore le BTP », mais c’est aussi l’espoir de faire de cette crise une occasion historique de repenser le modèle économique marocain, en mettant fin à la rente et « se battre à contre-courant pour changer de civilisation plutôt que de sauvegarder le régime d’accumulation » selon les bons mots de Daniel Tanuro dans «Trop tard pour être pessimistes ! ». Les bonnes idées ne manquent pas, mais seules des idées « made in Morocco » devraient être privilégiées.

Pour faire court, on en évoquera une seule, un exemple prometteur, la relance par le BTP. Porteur de plus de la moitié des investissements dans l’économie, le BTP est véritablement le poumon de la machine économique dans le royaume. Non seulement, il fait vivre des régions entières (malgré des salaires modestes, ce sont les maçons, ouvriers et autres artisans du BTP qui font vivre des régions entières, l’exemple de Ouarzazate n’étant pas isolé).

De plus, c’est un secteur qui fait entrer tout de suite l’économie dans un cercle vertueux par un effet d’entrainement sur plusieurs activités formelles et informelles liées à l’industrie du ciment, de la peinture, du verre etc.. Après tout, les travaux publics se sont toujours inscrits dans un contexte de reconstruction d’après-guerre. Les compétences accrues de ce département se sont insérées dans un ensemble de relations étroites entre les secteurs économiques publics et privés.

Par la relance grâce à la demande publique, l’État a naturellement un rôle à jouer pour permettre au Maroc de surmonter cette terrible crise. Mais cela suppose de se reconcentrer sur la gestion des risques et des chocs, de privilégier l’anticipation et la réactivité́, mais aussi de renforcer les fonctions régaliennes.

Il n’a pas échappé aux observateurs que si le royaume s’en sort plutôt bien, c’est grâce notamment à la réactivité du monarque. Une main de fer dans un gant de velours pour trouver rapidement des réponses adéquates à une pandémie inédite, évoluer dans un monde qui change, s’adapter à un environnement international qui est en mutation permanente, anticiper le confinement, la question des masques, un  modus operandi qui a forcé l’admiration de la communauté internationale comme il a remis la monarchie au cœur de l’exercice du pouvoir.

Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, Mohammed VI aura à user de cet absolu constitutionnel où le roi démocratique tire sa légitimité de son rapport privilégié avec le peuple. Contrairement à ses détracteurs, la Constitution de 2011 est loin d’être un compromis mais plutôt un gage de confiance dans les capacités d’exigence de l’action, de prise de décision de la monarchie sous le regard vigilant de la souveraineté populaire.

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