Il y a douze ans, Abdelhakim Ajimi était tué par la police

 Il y a douze ans, Abdelhakim Ajimi était tué par la police

Un dessin accroché


Qui se souvient encore d’Abdelhakim Ajimi ? Il y a 12 ans, le 9 mai 2008, ce jeune homme de 22 ans, originaire de Grasse (Alpes-Maritimes) était tué lors de son  interpellation par la police. En 2013, les trois agents responsables de sa mort, Jean-Michel Moinier, Walter Lebeaupin et Jim Manach ont été reconnus définitivement coupables d’homicide involontaire par la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Ils ont écopé de peines de prison avec sursis, mais n'ont pas été révoqués de la police. Au moment du verdict, le père de la victime Boubaker Ajimi déclara amer : « S’ils étaient des gens comme nous, ils auraient eu quatre ou cinq ans de prison ferme.»


A l’annonce du jugement, 200 policiers de Grasse, de Cannes, Antibes, Cagnes-sur-Mer et Nice s'étaient rassemblés devant le commissariat de Grasse pour marquer leur soutien à leurs collègues.


Nous sommes le 9 mai 2008. Il est environ 14h45 quand Abdelhakim Ajimi est interpellé par une dizaine de policiers, après une altercation avec son banquier. Très vite, il est menotté aux pieds et aux mains, avant d’être étranglé et maintenu au sol pendant de longues minutes par les agents.


Ludovic Gérard, un père de famille est présent sur les lieux. Nos collègues du Parisien l'interrogent : « Avec des amis, je sortais d'un immeuble quand nous avons assisté à cette intervention. Le jeune était déjà menotté, la face contre le sol. Un des policiers en civil lui avait empoigné un bras et lui tournait le coude pour l'immobiliser. Le jeune était déjà violet. Il commençait manifestement à s'étouffer parce qu'on lui tournait la tête de l'autre côté. Comme on le fait avec un arc. En même temps, un autre policier s'était agenouillé sur lui pour faire pression sur la colonne vertébrale. J'ai entendu le jeune qui gémissait : ‘J'étouffe ! J'étouffe !’ »


Il est alors relevé et traîné par les pieds jusqu'à une voiture de police-secours. 11 témoins indiquent qu’Abdelhakim Ajimi ne résiste plus et qu’il paraît inconscient. Le jeune homme de 22 ans meurt avant son arrivée au commissariat, sans qu'aucun policier ne s'en rende compte.


A l’époque, les rapports d'expertise médicale concluent que le décès d’Abdelhakim Ajimi est dû à une lente asphyxie mécanique, résultat d'une compression thoracique et d'une clef d'étranglement au cou, pratiquée par les policiers avec trop de force et durant trop longtemps.


Des techniques d’immobilisation, interdites en Suisse, en Belgique, en Allemagne et dans certains Etats américains, comme à New-York ou Los Angeles et dénoncées depuis de nombreuses années par des associations, à l’instar d’Amnesty International.


Le 16 novembre 2017, la France est condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour la mort de Mohamed Boukrourou, pour « traitement inhumain et dégradant », suite à son interpellation et son immobilisation dans un fourgon de police. Dans son arrêt, la CEDH déplore alors « qu'aucune directive précise n'ait été prise par les autorités françaises à l'égard de ce type de technique d'immobilisation ». 


Abou Bakari Tandia, Ricardo Barrientos, Mohamed Boukrourou, Abdelilah El Jabri, Lamine Dieng, Wissam El Yamni, Mariame Getu Hagos, Abdelhak Goradia, Amadou Koumé, Mamadou Marega, Serge Partouche, Mohamed Saoud, Adama Traoré, Philippe Ferrières et plus récemment Cédric Chouviat, décédé en janvier dernier, sont des noms qui viennent s’ajouter à celui d'Abdelhakim Ajimi, à cette macabre liste, celle des personnes décédées en France suite à des interpellations policières. 


Il faut attendre 2018 pour que les députés de la France insoumise déposent une première fois une proposition de loi à l’Assemblée nationale. Elle vise à interdire à « toute personne exerçant des missions ou activités de sécurité de recourir aux techniques d’immobilisation qui auraient pour effet d’entraver les voies respiratoires ou pouvant mener à l’asphyxie, telles que le pliage, le plaquage ventral et la clé d’étranglement ». Un texte présenté de nouveau le 26 février dernier en Commission des lois par l’insoumis François Ruffin. 


En 2020, ces techniques d’immobilisations de la police tant décriées sont toujours autorisées en France.


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Nadir Dendoune

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