Festivals : l’autre diplomatie du Maghreb

 Festivals : l’autre diplomatie du Maghreb

Le Festival international de Carthage, dont le théâtre romain demeure l’une des scènes les plus emblématiques de la Méditerranée

Chaque été, les grands festivals du Maghreb attirent des centaines de milliers de spectateurs et des artistes venus des quatre coins du monde. Bien plus que de simples rendez-vous artistiques, ils sont devenus des instruments de rayonnement, d’attractivité touristique et d’influence culturelle pour leurs pays. Du Maroc à la Tunisie, ces scènes estivales participent à façonner une image internationale faite d’ouverture et de diversité. Mais au-delà de cette vitrine éclatante, que disent-ils réellement de la vitalité culturelle de la région ?

Des scènes qui portent l’image des pays

Chaque été, les festivals du Maghreb deviennent les ambassadeurs de leurs pays. En quelques semaines, ils attirent des artistes de renommée internationale, mobilisent les médias étrangers et font rayonner leurs villes bien au-delà de leurs frontières.

Le Maroc l’a compris depuis longtemps avec Mawazine ou le Festival Gnaoua d’Essaouira. La Tunisie s’appuie quant à elle sur le prestige du Festival international de Carthage, dont le théâtre romain demeure l’une des scènes les plus emblématiques de la Méditerranée.

Au-delà des spectacles, ces événements véhiculent un message : celui de sociétés qui revendiquent leur ouverture, leur diversité culturelle et leur capacité à dialoguer avec le monde.

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Des moteurs économiques et sociaux

Pendant quelques jours ou quelques semaines, les festivals transforment l’économie locale. Les hôtels se remplissent, les restaurants font le plein et les commerces profitent d’une clientèle nouvelle. Essaouira en est l’un des exemples les plus connus : le Festival Gnaoua a largement contribué à la notoriété internationale de la ville.

Mais leur influence va plus loin. Au Maroc comme en Tunisie, ces événements favorisent les rencontres entre artistes et professionnels, stimulent les échanges culturels et ouvrent les scènes maghrébines sur le monde. La culture est ainsi de plus en plus perçue comme un levier de développement capable de créer de l’activité économique tout en renforçant le lien social.

Mais derrière le succès des grands festivals se cache une réalité plus contrastée. Lorsque les scènes sont démontées et que les projecteurs s’éteignent, les fragilités réapparaissent : manque d’infrastructures, rares espaces de création, débouchés limités pour les jeunes artistes et accès inégal à la culture selon les régions.

La Tunisie illustre bien ce paradoxe. Chaque été, festivals et spectacles rythment la vie de nombreuses villes. Puis l’effervescence retombe, laissant apparaître les difficultés d’une activité culturelle qui peine encore à s’inscrire durablement tout au long de l’année.

Qu’en pense Habib Salha, fondateur du Festival des produits du terroir ?

Pour Le Courrier de l’Atlas, le professeur universitaire Habib Salha apporte un éclairage complémentaire sur la place qu’occupent aujourd’hui les festivals dans la vie des territoires.

Selon lui, la réussite d’un festival ne se mesure pas seulement à la qualité de sa programmation ou au nombre de spectateurs qu’il attire. Sa véritable valeur réside dans sa capacité à mobiliser toute une ville et à créer une dynamique collective durable.

Les manifestations les plus marquantes sont celles qui associent les écoles, les associations, les artistes, les institutions et les habitants à leur préparation. « Un carnaval fait travailler toute une ville pendant une année », rappelle-t-il. Le festival devient alors bien plus qu’un rendez-vous estival : il reflète l’identité d’un territoire et nourrit le sentiment d’appartenance.

Habib Salha plaide ainsi pour une culture plus participative et plus inclusive, capable non seulement de divertir mais aussi de favoriser le dialogue, la réflexion et la citoyenneté.

Cette vision renvoie à une question essentielle : les festivals peuvent-ils, à eux seuls, porter l’ambition culturelle d’un pays ?

Au Maghreb, ces grands rendez-vous jouent un rôle majeur dans l’attractivité des territoires et la circulation des artistes, des idées et des imaginaires. Mais leur véritable réussite dépend sans doute de ce qu’ils laissent derrière eux : des publics fidélisés, des vocations artistiques, des projets durables et une vie culturelle capable de se poursuivre bien au-delà de quelques semaines d’été. C’est dans cette continuité que se joue l’avenir culturel de la région.

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Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.