Essais.Les musulmans de France au révélateur du terrorisme

crédit photo : Benjamin Cremel /AFP

MAGAZINE NOVEMBRE 2017

Les attentats des dernières années ont donné à voir une diversité de réactions mettant à mal le mythe d’une “communauté” musulmane française homogène. Vincent Geisser et deux autres spécialistes proposent une enquête dépassionnée sur le sujet. 

Quel impact le “moment terroriste”, celui enclenché en janvier 2015, a-t-il eu sur les musulmans de France ? L’enquête menée par les sociologue, ethnologue et politologue Vincent Geisser, Omero Marongiu-Perria et Kahina Smaïl apporte des réponses fines et contrastées à cette question. Confrontés à une “triple épreuve” – personnelle, citoyenne et spirituelle –, les citoyens de confession musulmane vivant en France ont dû faire face à une “injonction paradoxale” bien française : ne surtout pas être “communautaire” mais réagir aux attentats “en tant que musulman”.

La première partie de l’ouvrage – pour lequel, notamment, une cinquantaine d’entretiens ont été menés – met en évidence “la banalité des réactions musulmanes au terrorisme” : effroi, solidarité avec les victimes, condamnation des actes. Elle donne aussi à voir comment les représentants de l’Islam institutionnel se sont mobilisés, de façon très claire mais en restant toujours dans le cadre de “cette gestion autoritaire et centralisée du paysage musulman français, qui repose depuis trente ans sur un consensus entre les pouvoirs publics et les grandes fédérations musulmanes”.

Vers une nouvelle configuration ?

Ceci posé, l’intérêt majeur de l’enquête réside dans le dévoilement et l’analyse de la diversité des “réponses musulmanes” à la séquence. Différentes selon leur localisation : opposant “l’école de Bordeaux” (incarnée par le médiatique et controversé imam Tareq Oubrou) et la “mauvaise élève” Marseille, les auteurs se sont aussi penchés sur les cas, moins emblématiques mais tout aussi instructifs, de Lille et de Nantes. Des réponses politiquement variées selon que les grilles d’analyse choisies du phénomène jihadiste sont sociale, sectaire, postcoloniale, géopolitique ou théologique. Et divergentes quand il s’agit d’envisager une “riposte islamique” au discours de Daech : faut-il prôner, sur le plan théologique, la rupture, la restauration, la prévention ou une approche historiciste ?

Chacune des options a ses défenseurs. “Cette typologie dépasse largement les frontières des sensibilités musulmanes”, constatent les auteurs, relevant que “les prises de position et discours des musulmans français (…) préfigurent une nouvelle configuration du champ islamique hexagonal”.

De fait, au fil des pages, rompant avec le climat anxiogène et les visions étroites, nourris par quelques médias et responsables politiques, l’enquête révèle la profondeur du débat et les figures montantes (religieuses, militantes, associatives...) qui l’animent. “Si, à court terme, la crise jihadiste a favorisé des réflexes de repli identitaire et sécuritaire de part et d’autre, à moyen et long terme, gageons qu’elle contribuera à banaliser la présence et l’expression de la religiosité musulmane dans l’espace public local, national et transnational”, parient-ils en conclusion. 

MUSULMANS DE FRANCE LA GRANDE ÉPREUVE, de Vincent Geisser, Omero Marongiu-Perria et Kahina Smaïl, éditions de l’Atelier (septembre 2017), 300 p., 20 €.

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