Le Mucem se pare d’or

 Le Mucem se pare d’or

Georgian National Museum. Photo Mirian Kiladze / Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac


Mêlant histoire et création contemporaine, l’exposition “Or” rassemble plus de 600 œuvres et objets. Elle témoigne de la fascination des civilisations euro-méditerranéennes pour ce métal précieux depuis plus de trois mille ans


“Habituellement, l’or, c’est quelque chose que l’on cache et que l’on ne montre pas, explique Myriame Morel-Deledalle, conservatrice en chef du patrimoine au Mucem. C’est un matériau qui joue un rôle important dans toutes les sociétés, ou presque, à toutes les époques et sous toutes les latitudes. En ce sens, c’est un sujet de ­civilisation, de société, ce qui est le propos de notre musée.”


La visite se décline en trois parties. “L’or, un trésor avant tout” évoque les clichés liés à la thésaurisation d’un matériau qui suscite toutes les convoitises depuis l’Antiquité. “La plasticité de l’or” démontre sa fluidité et sa malléabilité. “Il est pérenne, facile à fondre, et se prête à toutes sortes de transformations”, énumère ­Myriame Morel-Deledalle. Enfin, la troisième partie – “La symbolique de l’or” – illustre l’utilisation de ce métal dans les domaines du politique et du sacré. “C’est le mythe de l’éternité, le ­symbole du pouvoir, un apparat social”, précise la conservatrice.



De l’Antiquité à aujourd’hui


L’exposition mêle des objets archéologiques (lingots, masques funéraires, parures…) et d’autres issus des collections du Mucem (reliquaires, objets rituels, etc.), ainsi que des films, des documents, et surtout des œuvres d’art moderne et contemporain de 43 artistes : Hassan Darsi, Ghizlane Sahli, Ossip Zadkine, Liza Lou, Victor Brauner, James Lee Byars, Jean-Michel Othoniel, Johan ­Creten, Louise Bourgeois, Thomas Hirschhorn, Gilles Barbier, Franck Scurti… On apprécie notamment la performance d’Yves Klein qui, en janvier 1962, jetait des feuilles d’or dans la Seine pour démontrer sa fluidité et son côté éphémère..


Parmi les pièces les plus remarquables, signalons Les Damnés de Liza Lou (2004), une représentation d’Adam et Eve chassés du paradis, inspirée de l’œuvre de Masaccio dans la chapelle Brancacci. Mais aussi les bijoux antiques prêtés par les musées nationaux de Géorgie (le berceau de la Toison d’or), de Roumanie ou du Louvre. “Notamment l’extraordinaire histoire de la tiare de Saïtapharnès, qui témoigne du savoir-faire exceptionnel d’un artiste joaillier du début du XIXe siècle, éclaire Myriame Morel-Deledalle. Autre prouesse technique puisant ses racines dans ­l’Antiquité romaine, les bols de verre à fond d’or et les tesselles de ­mosaïques dorées : cette spécialité des ateliers de Venise fait l’objet d’un remarquable film documentaire produit par le Mucem.”



Une création inédite du duo Gethan & Myles


Le parcours est ponctué de petites vitrines remplies de bijoux, qui ont été rachetés aux enchères au mont-de-piété de la cité phocéenne. Ce fil rouge est l’œuvre du duo anglo-irlandais Gethan & Myles, installé à Marseille. Pour cette création inédite, le musée avait confié 10 000 euros aux artistes, qui ont acquis 30 bijoux. “Cela va dans l’esprit de collecte du Mucem, témoigne sa conservatrice. Il y a le contexte et la circonstance.”


Ces derniers ont en effet réussi à reconstituer l’histoire de 16 d’entre eux, grâce aux témoignages de leurs propriétaires, auxquels les objets seront restitués à l’issue de l’exposition.


“Ma mère avait acheté tous les éléments (d’une ceinture de cérémonie, ndlr), petit à petit, dans les années 1980. Et puis elle a fait faire la fermeture, lit-on dans un témoignage. Elle portait la ceinture pour les fêtes. Quand j’ai quitté l’Algérie, elle me l’a donnée. Moi, je ne l’ai jamais mise, elle est restée longtemps dans un placard. Aujourd’hui, j’ai un enfant qui est conseiller dans une banque, une autre qui fait son master à Sciences Po, une troisième en terminale et une quatrième au collège : je crois que ma mère serait contente si elle savait que sa ceinture avait fait ça. Mais je n’ose lui dire que j’ai tout gagé par petits bouts.” 


 


OR : UN VOYAGE DANS L’HISTOIRE DE L’ART AU FIL DE L’OR jusqu’au 10 septembre au Mucem, 7, promenade Robert-Laffont, 13002 Marseille. 

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