Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi : quand le sport questionne l’identité 

 Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi : quand le sport questionne l’identité 

Scène de Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi, présentée du 11 au 21 mars au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis. Crédit : capture d’écran / Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis / Instagram

Du 11 au 21 mars, le Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis a accueilli Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi. Écrite par Mona El Yafi et mise en scène par Ali Esmili, la pièce suit Lila, une jeune footballeuse franco-marocaine confrontée à un choix décisif : représenter la France ou le Maroc. Mais le spectacle va bien au-delà d’un simple dilemme sportif ; il explore la famille, ses tensions, ses silences et ses héritages, pour interroger ce que signifie appartenir, choisir et se construire entre deux mondes.

Quand le football devient politique

Certaines pièces racontent une histoire. D’autres vous regardent droit dans les yeux et vous obligent à vous situer. Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi appartient clairement à cette seconde catégorie. On pourrait croire assister à un récit classique sur la double culture, sur ce tiraillement entre « ici » et « là-bas ». Très vite, la pièce déjoue ce piège : elle ne simplifie rien, ne tranche pas et refuse les identités prêtes-à-porter. C’est exactement ce qui la rend précieuse.

Lila ne cherche pas seulement à choisir entre la France et le Maroc : elle cherche à comprendre pourquoi ce choix lui est imposé avec une telle violence. À 16 ans, elle doit porter sur ses épaules une question qui dépasse largement le football. Ici, le terrain n’est jamais qu’un terrain : chaque passe, chaque sélection, chaque maillot devient un acte chargé de sens politique, intime et historique.

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Des fidélités qui pèsent

La force de la pièce tient aussi à la complexité de ses personnages. Le père n’est pas « intégré », la mère n’est pas « traditionnelle », le frère n’est pas « raté ». Chacun est traversé de contradictions, de silences, de renoncements et de fiertés. C’est dans ces fissures que le texte trouve sa justesse.

La mémoire familiale joue un rôle bouleversant : le grand-père, la marche de 1983, les humiliations quotidiennes, les rêves avortés… tout cela circule comme une matière vivante, presque organique. Lila n’avance jamais à partir de zéro : elle hérite d’un monde déjà chargé et conflictuel.

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Choisir c’est déjà perdre

La pièce explore aussi cette idée douloureuse que le choix est peut-être une illusion. Choisir, pour certains, c’est déjà perdre quelque chose. On ne sort jamais indemne de l’injonction à être « cohérent ». Et c’est tant mieux : le spectacle laisse place au trouble, à l’inconfort, à la pensée.

La langue du texte est vivante, traversée par l’oralité, l’humour, la colère et la tendresse. Rire et émotion se mêlent naturellement, comme dans la vie, comme dans ces familles où l’on peut parler de mort, de football et de racisme dans la même conversation. Certains reprocheront à la pièce de brasser de nombreux sujets, mais c’est précisément sa force : tout est lié. Racisme, sport, filiation, transmission, deuil : tout s’entrelace pour former un tissu dense, et non une simple liste de thèmes.

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Comme une panenka

Au fond, Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi ne parle pas seulement de football ni de binationalité : elle parle du prix de l’existence dans un monde qui vous demande sans cesse de vous justifier, de la fatigue de devoir prouver qu’on a sa place et, en même temps, de la beauté de continuer malgré tout.

C’est peut-être là le geste le plus fort de la pièce : ne pas céder au cynisme. Continuer à croire, malgré les fractures, les injonctions, les contradictions. Comme une panenka, fragile, improbable, presque insolente, qui ne réussit que parce qu’on ose y croire jusqu’au bout.

La troupe sera en tournée au Maroc :

  • 8 avril : Oujda
  • 10 avril : Meknès
  • 11 avril : Fès
  • 14 avril : Kénitra
  • 16 avril : Casablanca
  • 18 avril : El Jadida
  • 22 avril : Marrakech
  • 24 avril : Agadir

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