Histoire. « Algérie, la guerre des appelés » : une jeunesse abîmée, un pays martyrisé

Alors que les manifestants algériens sont descendus en masse dans les rues à l’occasion de l’anniversaire du début de la guerre d’indépendance le 1er novembre, France 5 a diffusé dimanche soir un « Algérie, la guerre des appelés », un documentaire exceptionnel qui donne la parole aux anciens appelés français envoyés se battre dans une guerre qui laissera une Algérie profondément meurtrie.

Printemps 1956, le gouvernement français décide d’envoyer massivement les appelés du contingent en Algérie. Sans expérience de la vie, ces jeunes hommes sont confrontés à des dilemmes moraux auxquels aucune autre génération n’avait eu à répondre et leur insouciance va se consumer dans une entreprise dont personne ne connaissait le but. Ce sera la dernière génération, en France, engagée massivement dans une guerre.

Dans ce film en deux parties, Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman dressent la saga de ces deux millions de jeunes Français, qui ont traversé la Méditerranée de 1955 à 1962, pour participer officiellement à des « opérations de maintien de l’ordre », un des multiples euphémismes utilisés par les autorités françaises pour désigner ce conflit. Après des décennies de silence, à l’heure du bilan de leur vie, ils libèrent leur parole, donnant vie aux images amateurs inédites.

Paroles aux anciens appelés

Le parti pris d’« Algérie, la guerre des appelés », diffusé à l’occasion des 65 ans du début de la guerre d’Algérie, est de s’appuyer sur des témoignages directs d’anciens appelés, tous filmés dans un décor identique et volontairement sobre, et illustrés par de nombreux films personnels et amateurs tournés en 8 mm, en noir et blanc ou en couleurs.

Un travail de reconstitution par la mémoire et par l’image qui s’appuie sur les travaux de l’historien Tramor Quemeneur. Conseiller historique du documentaire, il a récupéré de nombreuses archives inédites auprès des cinémathèques et de particuliers, et a convaincu de parler des anciens d’Algérie qui n’avaient encore jamais raconté leur histoire. Une démarche qui rappelle le travail sur la guerre du Vietnam du célèbre documentariste américain Ken Burns.

Pour ces témoins aujourd’hui octogénaires, venus d’horizons très variés, l’arrivée sur le sol africain est un choc. À peine débarqués, ils découvrent le revers peu reluisant de la société coloniale (racisme, chômage, misère, inégalités), loin des images d’Épinal qu’on leur a vantées en Métropole, où l’accent est au contraire mis sur les « bienfaits » de la colonisation, avec ses routes, dispensaires et instituteurs...

« C’est vrai, l’école était bien, mais dès qu’on pénètre dans le quotidien, là c’est la misère », se remémore l’un d’eux. Un autre se rappelle avoir souffert à la vue des enfants marchant « nu-pieds, sales, malades et apeurés ».

Des horreurs qui marquent pour la vie

Méticuleusement, ils décrivent leur plongée dans la violence d’un conflit sanglant, et « la trouille » qui les saisit, face à un ennemi invisible, comme lorsqu’ils doivent guetter une embuscade en pleine nuit, ou traquer des rebelles dans la montagne. Mais aussi les hauts et les bas de leur vie quotidienne, leurs rapports avec les harkis et la population.

Sans oublier les exactions, viols, tortures, exécutions sommaires et autres mauvais traitements infligés aux civils, auxquels ils ont assisté ou participé et qui les hantent encore, comme les camarades qu’ils ont vu mourir.

Des témoignages qui permettent à ces anciens appelés de libérer des émotions parfois longtemps enfouies sous la pudeur ou la honte. Et qui aident à mieux comprendre cette page toujours douloureuse de l’histoire.

Il est encore possible de revoir le premier épisode du documentaire en ligne sur le site de France Info.

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