NIVEEN M. KHASHAB; “Je travaille dans l’espoir de sauver des vies de femmes”

 NIVEEN M. KHASHAB; “Je travaille dans l’espoir de sauver des vies de femmes”

crédit photo : L’Oréal


Cette Saoudienne de 35 ans s’illustre dans les nanotechnologies et participe à la construction d’une communauté scientifique dans son pays. Un grand pas pour la médecine… et la reconnaissance des femmes.


Le prix L’Oréal-Unesco pour les Femmes et la Science a couronné votre parcours international. Quels en ont été les premiers jalons ?


J’ai été captivée par la chimie dès l’âge de 12 ans. Après le bac, en 1998, j’ai décidé de me spécialiser dans la chimie. D’abord à l’université américaine de Beyrouth au Liban, puis aux Etats-Unis, à l’université de Floride. Je m’y suis familiarisée avec les méthodes de synthèse en chimie médicale sous la direction d’Alan Katrizky, un chercheur mondialement reconnu. En 2006, ma thèse de chimie en poche, j’ai poursuivi durant trois ans mes recherches à l’université Northwestern de Chicago dans l’équipe de Sir James Fraser Stoddart, spécialiste de la chimie supramoléculaire et de la nanotechnologie. Ainsi, j’ai participé à la conception de nanoparticules chargées en médicaments antitumoraux dans le cadre du cancer du sein. Depuis, je ne cesse de travailler dans le monde captivant des nanostructures, avec l’espoir de sauver des vies de femmes.


 


Aujourd’hui, quel défi relevez-vous en Arabie Saoudite ?


J’ai quitté les Etat-Unis pour participer à l’émergence d’une nouvelle communauté scientifique au Moyen-Orient au sein de l’Université des sciences et technologies du roi Abdullah, en Arabie Saoudite. J’y poursuis un défi de taille : mettre au point des “nanomédicaments” à avaler avec moins d’effets secondaires que les chimiothérapies traditionnelles puisqu’elles délivrent directement le médicament aux cellules malignes à traiter. Pour ce projet de recherche, j’encadre une dizaine de chercheurs français, italiens, portugais, ukrainiens, irlandais, écossais et saoudiens. Cette équipe comprend 50 % de femmes. Une parité pas si fréquente dans le milieu scientifique que je suis heureuse de voir respectée !


 


En quoi vos découvertes peuvent-elles améliorer la santé ?


Le stress oxydant est responsable de nombreuses pathologies telles que des maladies du cerveau ou certains cancers. Le repérage précoce de ce phénomène permettrait une meilleure prise en charge des malades. Après avoir développé une nouvelle technique de détection du stress oxydant, j’ai conçu et synthétisé un nouveau type de particules appelées “colloidosomes”, sensibles à la lumière. Une technologie innovante. Après avoir déposé des brevets, nous avons commencé des essais sur des souris et des rats avant d’envisager les essais cliniques sur l’homme. Leur réussite serait une grande avancée pour les malades atteints de cancer.


 


Un message pour les jeunes femmes qui souhaitent embrasser la carrière scientifique ?


La carrière scientifique apporte bien des satisfactions à condition d’avoir la peau dure et de ne pas être trop sensible aux critiques. On doit maîtriser la gestion de son temps pour s’épanouir dans ses recherches scientifiques, mais aussi dans son foyer et profiter de ses enfants ! J’en ai trois : 11 ans, 3 ans et 1 an. Avec la récompense L’Oréal-Unesco, je compte aider les enfants réfugiés, notamment les jeunes filles, qui affluent au Liban. Il faut épauler les familles pour les encourager à envoyer leurs ­enfants à l’école dans leur pays d’accueil !

Bernard Banga