Littérature jeunesse arabe : Ces héroïnes oubliées

 Littérature jeunesse arabe : Ces héroïnes oubliées

crédit photo : Kinga Witalis

Et si les livres pour enfants de la littérature jeunesse arabe racontaient enfin d’autres héroïnes ? Avec sa collection Heya, Bochra Fourti redonne vie à des figures féminines arabes et amazighes, entre mémoire, transmission et quête de représentation.

En bref : Bochra Fourti redonne vie à des héroïnes arabes et amazighes à travers une collection de littérature jeunesse arabe. Son projet met en avant la transmission, l’identité et la représentation dès l’enfance. Il propose une alternative aux récits dominants en réécrivant l’imaginaire collectif.

Numéro 210 – Mars 2026

Sur les ondes et dans les rayons de la littérature jeunesse, certaines histoires manquent encore. Notamment dans la littérature jeunesse arabe. Celles de femmes arabes et amazighes, scientifiques, artistes ou militantes, rarement proposées comme modèles aux plus jeunes. C’est ce vide que Bochra Fourti tente de combler avec Heya, un podcast né d’une expérience intime, autour de la représentation et de l’identité, dans la littérature jeunesse arabe : « C’est vraiment parti d’un questionnement personnel pendant le Covid. Je suis née et j’ai grandi en Tunisie, les questions d’identité n’étaient pas un sujet pour moi. J’ai grandi dans la masse, tout le monde me ressemblait, mes copines avaient des prénoms avec les mêmes sonorités que le mien. Pour ma fille, qui avait alors 3 ou 4 ans, je me suis rendue compte que les choses allaient être différentes. Je voulais lui offrir des modèles dans lesquels se reconnaître », confie-t-elle.

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Pionnières modernes

Elle enregistre 70 épisodes puis le podcast devient une collection de livres illustrés, Heya. « Je me suis dit : “Cool ton podcast, mais ta fille ne va pas l’écouter maintenant…” Et j’ai cherché une idée plus accessible pour elle. » Bochra revendique une ambition simple : raconter des trajectoires inspirantes de héroïnes, sans folklore ni exotisation, dans la littérature jeunesse arabe : « Je suis anti-Walt Disney : la princesse qui attend son prince, c’est non ! »

Mais la maison d’édition qui devait réaliser le projet coule. Face aux hésitations de certains éditeurs, notamment sur le bilinguisme arabe ou sur les thématiques liées à l’identité, Bochra Fourti choisit l’autoédition afin de préserver la singularité de sa ligne. Un choix politique et culturel, lié à la représentation dans la littérature jeunesse : « Je voulais faire exister des récits là où ils peinent encore à trouver leur place. »

Le premier album de la collection est consacré à la Tunisienne Tawhida Ben Cheikh, pionnière devenue la première femme médecin du monde arabe. Il donne le ton, dans cette littérature jeunesse arabe engagée. Pensé en version bilingue français-arabe et accompagné de formats audio, l’ouvrage assume une dimension pédagogique autant que symbolique. Derrière cette volonté, une conviction : la représentation et la transmission façonnent l’imaginaire dès l’enfance.

Le projet s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur la transmission culturelle et identitaire, au cœur de la littérature jeunesse arabe. « Il y a le souvenir de ma grand-mère qui nous racontait ces histoires. Nos récits se transmettent beaucoup par l’oralité », souligne l’auteure.

À travers cette nouvelle maison d’édition, la littérature jeunesse arabe devient un espace de réparation symbolique. Non pas une simple collection d’albums, mais une tentative de réécrire l’imaginaire collectif à hauteur d’enfant. « Je crois profondément que nos histoires sont une richesse. » Dans un paysage éditorial en pleine mutation, ces livres rappellent que raconter aux enfants, c’est aussi choisir quelles mémoires survivront.

Littérature jeunesse arabe : TAWHIDA BEN CHEIKHde Bochra Fourti et Malek Jarbi, éd. Heya (2025), 36 p., 22 €
TAWHIDA BEN CHEIKH
de Bochra Fourti et Malek Jarbi, éd. Heya (2025), 36 p., 22 €

FAQ

Pourquoi Bochra Fourti a-t-elle créé la collection Heya ?
Pour proposer des modèles féminins arabes et amazighes aux enfants, souvent absents de la littérature jeunesse.

Qu’est-ce que la littérature jeunesse arabe apporte de spécifique ?
Elle permet de valoriser des récits, des identités et des figures historiques peu représentées dans les livres pour enfants.

Pourquoi le projet est-il bilingue ?
Le bilinguisme français-arabe favorise la transmission culturelle et rend ces histoires accessibles à un public plus large.

Qui est Tawhida Ben Cheikh ?
Une pionnière tunisienne, considérée comme la première femme médecin du monde arabe, mise à l’honneur dans la collection.

Quel est l’objectif de cette collection ?
Réparer un manque de représentation et offrir aux enfants des récits inspirants ancrés dans leur histoire.