Mémoire. « Blanchiment des troupes » : la face cachée de la Libération

Des goumiers de l'Armée d'Afrique défilant à Toulon après le débarquement en Provence en août 1944.

La célébration en ce mois d’août des 75 ans de la libération de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale est l’occasion de revenir sur un épisode méconnu de l’histoire militaire française, sans lequel la participation des soldats français à la libération de la capitale n’aurait sans doute pas eu lieu.

En 1944, la France fait à nouveau pleinement partie des puissances belligérantes contre l’Allemagne nazie. C’est en grande partie aux troupes levées dans ses colonies d’Afrique qu’elle doit ce retour parmi les pays qui participent à l’effort de guerre allié. Ces troupes coloniales qui ont représenté jusqu’à deux tiers de l’armée française s’illustrent lors de plusieurs batailles majeures, en particulier pendant les campagnes de Tunisie (1943) et d’Italie (1943-1944).

Sur les 230 000 soldats français qui débarquent en Provence à partir du 15 août 1994, près de 120 000 sont des goumiers, tirailleurs, spahis, ainsi que des Européens d'Afrique, originaires de 22 pays du Maghreb et d'Afrique noire. Or, 10 jours plus tard, à la libération de Paris, aucun soldat noir ne participe à la libération de Paris.

Des documents découverts par la BBC (article en anglais) révèlent que les commandants britanniques et américains ont assuré que la libération de Paris le 25 août 1944 était considérée comme une victoire « réservée aux Blancs » et ont exigé des Français le retrait des noirs des effectifs des troupes devant aller à Paris.

Alors que le haut commandement allié avait initialement prévu de contourner la capitale française, sans intérêt militaire, le gouvernement du général de Gaulle a fait pression pour que des unités françaises libèrent Paris.

Des Maghrébins pour compléter les effectifs

Le haut commandement allié accepte, mais à une seule condition : la division de De Gaulle ne doit contenir aucun soldat noir. Bien que des soldats noirs se battent dans l’armée américaine, ils constituent des unités séparées et ne se battent pas avec leurs compatriotes blancs.

En janvier 1944, le général Walter Bedell Smith, chef d'état-major d'Eisenhower, a donc envoyé aux Français une note de service estampée « confidentielle » indiquant qu’« il est plus souhaitable que la division susmentionnée soit composée de personnel blanc ». Or, 2e Division blindée du général Leclerc ne compte alors qu’un quart de métropolitains, mais apparaît comme la seule pouvant être « blanchie ». Aucune unité de l’armée ne peut alors afficher plus de 40 % d’effectif blanc.

Il apparaît rapidement pour les généraux français que les métropolitains seuls ne pourraient pas combler l’absence des soldats d’Afrique de l’Ouest, même en intégrant les combattants de la Résistance. Les Maghrébins et Syriens sont donc gardés, alors que les autres Africains seront renvoyés chez eux avant la fin de la guerre. Également oubliés pendant longtemps, les Espagnols de la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, qui faisait lui-même partie de la 2ᵉ division blindée, ont été les premiers soldats français à entrer dans Paris.

Les Maghrébins et les Syriens participeront aux combats jusqu’à la fin de la guerre. C’est ainsi l'adjudant-chef Ahmed El Abed du 4e Régiment de tirailleurs tunisiens (4e RTT) qui est le premier militaire de l'armée française à pénétrer en Allemagne en 1945. Il franchit les eaux glacées de la rivière Lauter avec quelques dizaines d’hommes et s'empare, le 14 mars, du village de Scheibenhardt.

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