Migration.Pilotes volontaires : « Qui va le faire si on ne le fait pas ? » (partie 1)

Ils se sont donnés pour mission d'être les « yeux aériens » des bateaux de sauvetage naviguant en Méditerranée. Une mission nécessaire et compliquée.

L'idée est partie d'une simple question : comment aider les bateaux de secours parcourant la Méditerranée pour venir en aide aux embarcations de migrants en détresse ? Pilote professionnel, José Benavente Fuentes a logiquement pensé au repérage aérien. Après avoir longtemps mûri le projet, il en fait part à un autre pilote, Benoît Micolon. Tous deux créent l'association Pilotes Volontaires en janvier dernier et survolent la Méditerranée depuis le mois d'avril. Une mission ambitieuse qui a son lot de difficultés. Benoît Micolon nous en parle :

Quand José vous a demandé de le rejoindre dans cette aventure, est-ce que vous avez hésité ? Pourquoi ?

Un soir de Janvier, au détour d'une conversation ordinaire, José m'a parlé de ce projet qu'il avait en tête depuis un moment. Il m'a demandé mon avis sur certains aspect techniques et opérationnels. Je ne crois pas qu'à ce moment-là son intention était de me recruter.

Je me suis alors renseigné de mon côté, afin de pouvoir lui donner les détails techniques qu'il me demandait, et j'ai rapidement réalisé que trop de temps avait déjà été perdu, car beaucoup de vies étaient en danger chaque jour.

C'est apparu presque comme un devoir pour moi de mettre mes compétences aéronautiques au service de cette cause humanitaire. Qui va le faire si on ne le fait pas ?

Quelques jours plus tard, j'annonçais à José ma volonté de m'engager dans ce  projet à ses côtés, à 200%.

C'est ainsi que fin janvier, Pilotes Volontaires naissait officiellement, avec le dépôt en préfecture des statuts de l'association.

Quels ont été vos doutes au moment de commencer, en sachant que vous mettiez votre argent personnel dans ce projet ?

Nous avons décidé d'acheter l'avion avec nos économies pour ne pas perdre trop de temps, en faisant le pari qu'on trouverait des donateurs pour nous soutenir par la suite, dès lors qu'on aurait sauvé des vies.

En effet, il est compliqué de convaincre des gens alors qu'on n'a encore rien fait, et que le projet n'est que sur papier brouillon. L'idée était donc de prouver notre efficacité. Le plan a fonctionné ! Quant au risque financier, il était maîtrisé, car si le projet n'aboutissait pas, nous avions toujours l'option de revendre l'avion et récupérer une partie de notre argent.

Le plus gros doute concernait l'obtention des différentes autorisations de vol, mais finalement, ça c'est bien passé. Nous respectons scrupuleusement les différentes règlements, et cela se passe bien.

A ce jour, combien de temps vous prennent ces missions ? Votre carrière professionnelle en est-elle impactée ?

José et moi avons consacré toutes nos vacances et temps libre pour lancer le projet.

Nous devons voler aussi souvent que possible, quand les conditions météo le permettent pour tenter de sauver un maximum de vies. Heureusement, nous avons pu former plusieurs pilotes et observateurs. Pilotes Volontaires compte aujourd'hui près de 10 membres actifs, qui participent à la vie de l'association. José et moi sommes donc moins présents sur le terrain qu'au départ, mais nous organisons et suivons les missions de près. On y passe tout notre temps libre.

Mon employeur n'est pas disposé à m'aider avec le projet Pilotes Volontaires. Je me dois de respecter ce choix, et je fais en sorte que ce projet humanitaire n'impacte pas ma vie professionnelle.

Depuis le mois de mai vos missions ont permis de sauver environ 4000 personnes, est-ce que vous vous attendiez à voir autant de personnes en danger ?

Nous savions qu'il y avait de nombreuses personnes en détresse en mer, mais nous n'avions pas idée de la fréquence à laquelle nous allions repérer des embarcations en détresse. Nous découvrons des personnes en danger de mort dans plus de 50% des missions...

Ce qui personnellement m'inquiète le plus ce sont les embarcations qu'on n'a pas vues. Celles qui ont sombré pendant la nuit, avant même qu'on ait une chance de les repérer dans la journée. Tous ces bateaux qui ont sombré parce que nous n'avons pas pu voler, ou parce que même lorsque nous volons nous ne les voyons pas car la zone est immense.

Toutes ces vies perdues dont personne ne parlera jamais. Ces milliers de parents qui restent au pays ne recevront plus jamais de nouvelles de leurs fils de leurs filles et vivront dans l'espoir de les revoir un jour. Tous ces deuils impossibles a faire... car pas de corps à enterrer... pas de sépultures à ériger... pas de tombes à fleurir...

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