« On n’est pas des racailles » : vingt ans après, la dalle reprend la parole

 « On n’est pas des racailles » : vingt ans après, la dalle reprend la parole

Djamel Mazi revient sur la jeunesse stigmatisée d’Argenteuil dans son documentaire On n’est pas des racailles, sur France 5, le 23 novembre 2025.

Vingt ans après le coup de semelle de Nicolas Sarkozy sur le béton d’Argenteuil – et le mot qui a claqué comme un coup de tonnerre, « racailles » –, Djamel Mazi reprend sa caméra. Le documentaire On n’est pas des racailles revient sur cette jeunesse stigmatisée, filmée hier et aujourd’hui, pour raconter ses vies, ses rêves et sa dignité. À découvrir sur France 5, malheureusement en dernière partie de soirée, le dimanche 23 novembre à 23h20, une plongée sensible et nécessaire dans la mémoire d’une génération trop souvent caricaturée.

 

« On n’est pas des racailles » : vingt ans après, la dalle reprend la parole
Djamel Mazi – Photo : Stéphane de Sakutin / AFP

Vingt ans. Vingt ans que ce mot « racailles » a claqué comme un coup de tonnerre sur les visages de milliers de jeunes. Vingt ans que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, est venu poser ses semelles cirées sur le béton d’Argenteuil et qu’un gamin de 19 ans, caméra en main, a décidé de ne pas se taire. Aujourd’hui, ce gamin, c’est Djamel Mazi.

Journaliste reconnu et présentateur de JT. Enfant de la dalle. Et réalisateur d’un documentaire nécessaire, urgent, lumineux : On n’est pas des racailles.

À 19 ans, Djamel filmait ses potes, leurs après-midis sans but, leurs éclats de rire qui faisaient tenir la dalle. Il ne savait pas encore qu’il tenait une mémoire vivante, fragile et précieuse. Ce n’était pas pour la télé, pas pour les plateaux. C’était la vraie vie : les batailles d’un quartier, ses espoirs, ses colères, ses amitiés.

 

« En 2005, j’étais là. Devant lui. Sur cette dalle. J’ai interpellé le ministre, un peu naïvement, mais avec le cœur. Cette scène a marqué ma vie. Elle a marqué mon quartier », raconte-t-il aujourd’hui.

 

Le film ne se contente pas de raconter l’histoire de ce 25 octobre 2005. Il réhabilite ceux que l’on a trop souvent caricaturés, invisibilisés, mis dans le même sac.

Abdellah, Toufik, Hakim, Mohamed : les visages de la dalle, filmés hier et aujourd’hui, sont là. Certains sont devenus éducateurs, médiateurs, bâtisseurs d’avenir. D’autres se débattent encore dans la galère quotidienne, mais tous portent en eux la même flamme.

La force du documentaire tient dans sa simplicité : pas de jugement prémâché. Juste la vie, qui déborde, qui résiste. Djamel Mazi filme avec le cœur, avec la patience de celui qui sait que chaque visage, chaque geste, chaque sourire compte.

 

« J’ai rouvert mes archives. Des images que j’avais filmées avec ma propre caméra, à une époque où les smartphones n’existaient pas. On y voit nos rêves. Nos illusions. Notre humour aussi. Aujourd’hui, je veux remettre une mémoire à l’endroit. Celle d’une jeunesse stigmatisée, mais pleine de talent, de courage et d’espérance. Ce film, c’est un retour aux sources. C’est une quête de vérité. Et de dignité. »

 

Et vingt ans plus tard, la question reste la même : qu’est-il resté de cette génération ? Que reste-t-il de ces vies que l’on croyait condamnées à n’être que des statistiques, des images de violence ou de misère sociale ?

On n’est pas des racailles répond avec douceur et rage : il reste la dignité. Il reste la mémoire. Il reste l’envie de continuer à exister malgré tout.

Le film sera diffusé sur France 5, en dernière partie de soirée. Comme si raconter la France des oubliés devait se faire en catimini. Peu importe. Ce documentaire est un petit monument d’humanité.

Il dit, sans crier, qu’on peut filmer ses blessures et en faire des actes de résistance. Qu’on peut raconter une jeunesse stigmatisée et en faire un récit de courage. Qu’on peut, enfin, rendre justice à ceux que l’on a trop souvent réduits à des mots : racailles.

 

On n’est pas des racailles de Djamel Mazi
📺 sur France 5
📅 Dimanche 23 novembre
🕚 23h20

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.