Migration/UE : des textes controversés et l’ombre d’une « ICE européenne »

 Migration/UE : des textes controversés et l’ombre d’une « ICE européenne »

Photo: FREDERICK FLORIN / AFP

Dans une Union européenne (UE) qui penche de plus en plus à droite, l’hypothèse d’une « ICE européenne » plane pour lutter contre l’immigration illégale.

 

Sanctionner plus durement ceux qui refusent de quitter le territoire européen. Plusieurs États membres ont déjà approuvé plusieurs mesures permettant notamment des périodes de détention allongées, la confiscation de documents d’identité, des perquisitions dans les domiciles privés ou encore des contrôles et des arrestations au sein des dispositifs d’hébergement.

La semaine dernière, plusieurs ONG dénonçaient ces mesures, très semblables aux pratiques de la police américaine de l’immigration renforcée par l’administration Trump. « Nous ne pouvons pas être indignés par ce que fait l’ICE aux États-Unis tout en soutenant ces pratiques en Europe », alertait Michele LeVoy de PICUM, une ONG de protection des sans-papiers.

 

Une alliance et deux textes controversés

Le 10 février, l’alliance entre la droite et l’extrême droite a permis l’adoption, par le Parlement européen, de deux textes controversés visant à accélérer les procédures d’asile et à faciliter les expulsions. Une initiative notamment portée par le groupe des conservateurs et réformistes européens qui rassemble, entre autres, Fratelli d’Italia, le parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.

Le premier texte voté prévoit que les personnes dont la demande d’asile a été rejetée soient directement renvoyées vers des pays dits « tiers », autrement dit non-membres de l’Union européenne.

Pour Alessandro Ciriani, eurodéputé italien membre du groupe des conservateurs et réformistes, « ce texte représente un progrès dans la lutte contre l’immigration illégale en nous permettant d’accélérer des procédures qui aujourd’hui sont trop lentes et trop fragmentées ».

 

Pays « sûrs »

Dans un second texte, l’UE a allongé la liste des pays « sûrs » vers lesquels seront renvoyés les demandeurs d’asile y ayant transité. Damien Carême, eurodéputé du groupe de la gauche, s’inquiétait d’un tournant marquant :

« Sur cette liste figurent des pays comme la Tunisie, pour laquelle le Parlement européen a adopté une résolution en novembre dernier parce qu’on s’inquiétait des droits humains (…) Et quelques mois plus tard, on considère que c’est un pays sûr. Comme l’Égypte, où il y a aujourd’hui 60 000 prisonniers politiques (…) c’est la fin du droit d’asile européen ! ».

Pour Utopia 56, l’UE continue donc sa politique d’externalisation des frontières au mépris des droits humains : « l’Europe va déroger au droit d’asile par le biais d’accords financiers passés avec ces pays (…) des centaines de personnes vont être déplacées de force dans des pays dont elles ne connaissent rien (…) sans garantie que leurs droits les plus basiques soient respectés ».

 

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