Les municipales et la libération de la parole raciste

Saint-Denis, avril 2026 : le maire noir Bally Bagayoko, cible de propos racistes après son élection, selon le sociologue Julien Talpin. © Ludovic MARIN / AFP
L’élection de maires noirs, membres ou soutiens de LFI, s’accompagne d’un déferlement de propos racistes et de menaces, analyse le sociologue Julien Talpin.
En Bref :
- Des maires noirs LFI ciblés par des propos racistes après les municipales
- Bally Bagayoko présenté comme un cas emblématique
- Une « libération de la parole raciste » selon Julien Talpin
- Des attaques visant aussi d’autres élus issus de l’immigration
- Une intensité accrue liée à l’accès aux fonctions de maire
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Bally Bagayoko est selon lui le « cas le plus emblématique » de ce racisme décomplexé. Le maire de Saint-Denis a été la cible de propos racistes : « la famille des grands singes », « une tribu primitive » ou « un mâle dominant » sur CNews.
Julien Talpin, directeur de recherche en science politique au CNRS, spécialiste des quartiers populaires pointe une analyse très « biologisante, animalisante » des premiers pas de l’édile : « on sait que le racisme anti-Noirs conserve sa dimension originelle de racisme biologique et ces préjugés peuvent demeurer dans l’imaginaire ».
« Depuis deux semaines, on assiste à une forme de libération de la parole raciste dans l’espace public et sur les chaînes d’information en continu », souligne le sociologue. Ces formes de racisme ne sont « hélas pas nouvelles ». Il cite les cas de l’ex-garde des Sceaux Christiane Taubira et de Danièle Obono, députée LFI de Paris.
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Une intensité particulière
Aux dernières élections municipales, un déferlement de haine raciste s’est aussi abattu sur des maires issus de l’immigration, comme à Givors (Rhône) ou à Stains, ville de Seine-Saint-Denis où le maire PCF Azzedine Taïbi, a reçu une enveloppe contenant des matières fécales.
« On assiste à une diversification du personnel politique depuis au moins une vingtaine d’années, mais il y a une intensité particulière des réactions racistes à l’occasion de ces municipales, qui tient peut-être au fait que les élus issus de l’immigration arrivent à des postes de maire et non plus seulement d’adjoints ou de conseillers », analyse Julien Talpin, citant Sarcelles, Le Blanc-Mesnil ou La Courneuve.
Parmi les élus visés, il évoque également le cas d’un élu LFI de l’opposition à Villiers-sur-Marne, accusé d’être resté assis quand la Marseillaise était entonnée, ou de Bassi Konaté dont l’élection à Sarcelles (Yvelines) a été comparée au « grand remplacement » du Parti socialiste par le JDD.
