Société."Je ne regrette pas d'être parti", Abdellah, a quitté la France pour Dubaï il y a 6 ans

Photo : DR

Abdellah Aboulharjan a 44 ans. Il est originaire de la région parisienne. Thérapeute et formateur en intelligence émotionnelle, ce Français vit à Dubaï depuis 6 ans. Nous l’avons rencontré sur place. Il nous explique pourquoi il ne regrette pas d’être venu ici.

Pourquoi avez-vous décidé de quitter la France ? 

En 2012, alors qu'on vivait à Paris avec mon ex-épouse et nos deux enfants, on a eu envie de changement. On était encore jeune et on voulait tenter une nouvelle expérience, aller à l'étranger. Cette décision était motivée aussi par le manque d'évolution professionnelle que ma femme rencontrait dans son domaine malgré ses compétences. Et aussi par le manque d'implications sincère des politiques dans les  projets sociaux que je menais. J'étais un peu fatigué de voir des acteurs politiques et associatifs aussi peu investis dans ce qu'ils prétendent défendre. Je ne regrette pas d'être parti.

Vous êtes à Dubaï depuis six ans. La France ne vous manque-t-elle pas ?

Le pays, en lui-même pas vraiment. Ce qui nous manque, c'est surtout la famille et les amis. A Dubaï, on trouve tout ce qu’il nous faut à des degrés différents. Ce que nous ne regrettons pas, ce sont les climats ! Ici, le beau temps contribue à une meilleure qualité de vie. La grisaille parisienne devenait pesante. Quand je parle climat, je parle aussi du climat social et politique en France. Cette tendance très nombriliste qu’à notre pays de voir le monde et ce qui nous entoure. Cette idée que l'autre doit être identique à moi pour être accepté. Une habitude à voir le verre constamment à moitié vide, en pensant que c'est la seul posture pour améliorer les choses. 

Ce n’est pas le cas à Dubaï donc ? 

Je dois reconnaître qu'il y a énormément de points positifs à Dubaï. C’est une ville réellement cosmopolite. Les locaux (N.D.L.R. : les émiratis) représentent moins de 10% de la population. Il y a donc plus de 200 nationalités qui cohabitent ici. Nos enfants ont appris l’anglais en quelques mois car c'est la langue de « l'air de jeu » en bas de la tour. Dans les restaurants ou les commerces, le service est 100 fois meilleur qu’à Paris. Dans toutes les tours ou les groupements de villas, il y a une salle de sport et une piscine, ce qui permet de s'occuper plus facilement de son corps ! C'est une ville où il se passe toujours quelque chose. Même au niveau artistique, il y a constamment des expositions. Point non négligeable également, on est entre l'Asie, l'Afrique et l’Europe, c'est donc un point idéal pour voyager puisqu'il y a des dizaines de pays très différents, à juste quelques heures d'avion.

De l’extérieur, quand on arrive ici, on a l’impression que tout est « faux » à Dubaï...

C'est vrai que notre œil est plutôt habitué à des paysages plus bucoliques ou des villes qui ont quelques siècles d'histoire. Les Emirats arabes unis ont à peine une cinquantaine d'années, c’est important de le rappeler. Alors oui c'est neuf, c'est grand, c'est différent de ce qu'on connait quand on vient de France.

Mais ça ne l'est pas du tout quand on est habitué aux gratte-ciels en Amérique du Nord, à Hong-Hong, à Singapour, sans oublier les nouvelles villes chinoises qui dépassent de très loin ce qu'on voit ici. Rappelons également que la majorité des Français avaient trouvé très moche la Tour Eiffel lors de l'expo universelle de 1889 ! Je suis donc convaincu que ce qui se fait ici va continuer à attirer du monde et à être apprécié à sa juste valeur. Certains des plus beaux édifices ont d'ailleurs été conçus par des Français ! 

A Dubaï, les chantiers en cours sont légions. Tout paraît démesuré. Cette course effrénée à toujours plus participer au dérèglement climatique. Qu’en pensez-vous ? 

Les Emirats arabes unis se sont énormément développés ces dernières décennies. Alors oui, l'impact sur l’écologie est réel. Il ne faut pas oublier que c'est un peu nous les occidentaux qui avons créé ce type de développement avec une urbanisation très concentrée liée aux différents systèmes de transport pour relier les divers points, avec pour centres névralgiques les nouveaux lieux de consommation, comme les centres commerciaux.

Il y a tout de même des avantages à Dubaï. Comme les constructions ont commencé récemment, ils ont pu intégrer des normes écologiques. Ils font aussi beaucoup de campagnes de sensibilisation pour limiter les consommations d'énergie. Le ministère de l'Energie local est très actif sur ces questions. Il y a énormément de voitures électriques, preuve que la population est également assez avant-gardiste sur les questions de déréglementation climatique.

Que pensez-vous de la manière dont sont traités les travailleurs venus d'Asie. Certains parlent d'esclavagisme moderne...

C'est vrai que le premier réflexe est d'analyser la situation avec notre matrice de Français. Une fois qu'on analyse la situation de plus près et qu'on parle avec un certain nombre d'entre eux, on comprend qu'ils sont plus heureux ici que dans leur pays d'origine. Ils gagnent assez d'argent pour eux et pour faire vivre leur famille, c'est donc une vraie opportunité pour eux de vivre ici. Cela me rappelle également l'histoire de nos parents qui sont venus en France pour travailler dans les mines, les usines, pour construire les routes et les bâtiments.

Les travailleurs asiatiques sont plus protégés que certains peuvent le prétendre. L'Etat oblige les compagnies à leur fournir une assurance, un mois de vacances obligatoire par an, ainsi qu’un billet d'avion annuel pour retourner voir leur famille. Seule ombre au tableau : il n’existe pas d’assurance chômage mais c’est valable pour tous les expatriés et la sécurité de l'emploi n'existe pas. Mais, on pourrait dire la même chose pour d'autres pays européens...

Vous dites qu'il n'y a pas plus laïc que Dubaï...

Oui. Dubaï est plus laïque que la France ! La laïcité, c’est l'Etat qui protège tous ses citoyens et leur permet de vivre librement leur foi ou leur croyance. Dans les supermarchés ici, on trouve un rayon "Pork, for non Muslim" (Porc, pour les non Musulmans). Il y a des mosquées à tous les coins de rue, c'est normal puisque nous sommes dans un pays musulman, mais il y a aussi des églises à plusieurs endroits de la ville, des temples bouddhistes et hindouistes, des bars et restaurants ou l'alcool coule à flot. Chacun peut vivre sa vie comme il l'entend tant qu'il respecte les autres.

Avez-vous l'intention de retourner en France ?

On ne sait pas de quoi est fait l'avenir, mais peut-être oui, je reviendrai chez moi en France, même si je me sens bien ici à Dubaï.

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