Société.Marseille - Il y a un an, Zineb Redouane fut tuée par une grenade de la police

Photo prise le 1er décembre 2019 montrant le portrait dessiné de Zineb Redouane, imprimé sur un carreau de fenêtre à Marseille. Zineb Redouane est décédée à l'âge de 80 ans en décembre 2018 après avoir été frappée par une grenade lacrymogène de la police, alors qu'elle observait depuis son balcon une marche des Gilets jaunes. CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

C’était il y a un an, le 1er décembre 2018 à Marseille. C'était un samedi en fin d'après-midi. Zineb Redouane, une dame de 80 ans, maman de six enfants parle au téléphone avec Milfet, sa benjamine qui vit à Alger, de l’autre côté de la mer. Zineb est en train de préparer une soupe de légumes. Avec sa fille, elles papotent de tout et de rien, l’ambiance est détendue. Zineb vit au quatrième étage, au 12 rue des Feuillants. Son appartement donne directement sur La Canebière. A Marseille, l’hiver est souvent doux. La fenêtre du balcon de Zineb est grande ouverte.

Dans le quartier très populaire de Noailles où vit Zineb, il y a souvent du bruit, il y a les cafés, les restos, le marché, la vie quoi… 

Il y en a encore plus ce 1er décembre, alors que les Gilets jaunes célèbrent l’acte 3 de leur mouvement. C'est aussi le jour d'une grande marche contre le logement indigne, après la mort de 8 personnes dans l'effondrement de deux immeubles insalubres rue d'Aubagne, le 5 novembre.

Fin de manif, quelques échauffourées, les CRS tentent de disperser la foule en les aspergeant de lacrymogène.

En pleine conversation, Zineb dit à sa fille qu'elle va fermer les volets de sa fenêtre, les gaz commencent à pénétrer à l'intérieur de chez elle. Elle s'approche de son balcon, reçoit en plein visage un projectile. C'est une grenade lacrymogène lancée par un CRS.

Le choc est tellement violent que Zineb tombe à terre. Emmenée à l'hôpital, elle décède le lendemain, le 2 décembre.

Les mois qui suivent son décès, l'équipe Macron mettra un point d'honneur à défendre leur bilan : selon elle, il n'y a eu aucun mort suite aux manifs des Gilets jaunes, oubliant sciemment (?) Zineb Redouane.

Interrogé sur la mort de la vieille dame, le clan Macron affirmera que Zineb n’est pas morte à cause de sa blessure par la grenade lacrymogène.  

Un an après la mort de Zineb Redouane, on ne connait toujours pas le nom de celui qui a lancé la grenade et l'a tuée. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé !

Quelques mois après la mort de Zineb, l'IGPN, la police des polices demande que leur soient fournis les 5 lanceurs Cougar pour comparaison balistique !

La demande va être  refusée par le capitaine de la compagnie des CRS incriminée. Circulez, y a rien à voir. Esprit de corps oblige, les CRS présents à la manif déclarent lors de l'audition ne pas se souvenir de l'auteur du tir. Mémoire défaillante.

Caméra défaillante aussi… La seule caméra en mesure d'avoir filmé toute la scène du décès de Zineb est déclarée inopérante ce jour-là... Comme par hasard...

Le corps de Zineb Redouane a été rapatrié chez elle en Algérie quelques jours après sa mort. Les médecins légistes du centre hospitalo-universitaire d'Alger ont conclu, après autopsie, à un décès des suites d'un tir en plein visage. 

La médecine légale de Marseille a déterminé, elle, que l'octogénaire était morte... suite à un arrêt cardiaque.  

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