Société.(Video) En banlieue, mieux vaut avoir le coeur bien accroché

crédit photo : Humbert/BSIP/AFP

Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité en France, devant le cancer. Mais vous avez cependant deux fois plus de chances de survivre à un arrêt cardiaque à Paris (12 %) qu’en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-de-Marne (6 %). Explications. 

Dans le VIe arrondissement de Paris, au sein de l’unité locale de la Croix-Rouge française, une dizaine de personnes, essentiellement des femmes, malmènent des poupées et des mannequins d’enfants en plastique. Au cours de cette session d’Ipsen (Initiation aux premiers secours enfant et nourrisson), toutes les situations d’urgence sont passées en revue : hémorragie, perte de connaissance ou arrêt cardiaque. “On apprend les gestes efficaces pour que le jour J, les parents puissent les reproduire au mieux, explique Stéphanie Richard, la formatrice. Les accidents domestiques sont la première cause de mortalité chez l’enfant ou le nourrisson. Les adultes peuvent ainsi agir ou réagir correctement.”

Les situations d’urgence n’ont pas les mêmes conséquences selon le lieu où elles se produisent : on a deux fois plus de chances de survivre d’une crise cardiaque à Paris que dans certaines zones de banlieue selon une étude menée par le Centre d’expertise mort subite (Cems). L’un des auteurs, le docteur Lionel Lamhaut, pointe le manque de formation en matière de premiers secours. “Lors d’un arrêt cardiaque, c’est l’intervention rapide du premier témoin qui peut changer la donne. Dans les zones socialement et économiquement défavorisées, l’apprentissage des gestes élémentaires est moins courant.”

Des secours sur place en treize minutes

Dans cette guerre contre le temps, agir vite et bien est pourtant essentiel, comme l’explique Stéphanie Richard : “Lors d’un arrêt cardiaque, chaque minute compte. La moitié d’entre eux surviennent en dehors du milieu hospitalier. En France, on estime que les gestes de premiers secours permettent d’en éviter 1 sur 5 (10 000 sur 50 000). Si la personne est secourue dans les sept à huit minutes après son malaise, on augmente les chances de survie de 4 à 40 %.”

Et qu’en est-il de l’attente des secours ? Il faut compter en moyenne treize minutes et dix-huit secondes en France. Dans certains endroits de banlieue parisienne, la réactivité est même supérieure : moins de dix minutes dans les Yvelines et le Val-d’Oise. La brigade militaire des sapeurs-pompiers de Paris enregistre l’un des meilleurs scores dans l’Hexagone avec un délai de huit minutes entre l’appel et l’arrivée des secours. Pourtant, dans certaines zones de son périmètre d’intervention, comme la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, le temps de réaction est plus long. “Ces départements ne sont pas sous-dotés, estime Lionel Lamhaut, mais comme ils sont très peuplés par endroits, le quota de véhicules est parfois insuffisant rapporté au nombre d’habitants. Il faudrait en prévoir davantage pour répondre aux besoins.”

Le citoyen, premier témoin et premier acteur

L’Ile-de-France est le premier désert médical de l’Hexagone : en dix ans, la région a perdu 20 % de ses médecins. Mais le maire de Coubron (Seine-Saint-Denis), vice-président de Grand Paris-Grand Est chargé de la santé, Ludovic Toro, lui-même médecin, refuse de faire le lien avec une réduction des chances de survie cardiaque : “Pour ce cas précis, ce n’est pas le médecin qui est le premier intervenant mais le citoyen.”

L’une des causes probables évoquées dans l’étude pourrait être l’insuffisance du parc de défibrillateurs accessibles au public dans certaines aires géographiques. Utilisables par tous sans formation, ces appareils permettent de donner un “coup de jus” au cœur qui bat de manière incohérente. “On en trouve dans les lieux publics (mairies, stades, centres commerciaux, parcs, pharmacies, métro/RER), explique Stéphanie Richard de la Croix-Rouge française. Un enfant de 10 ans peut l’utiliser tellement c’est simple.”

En 2018, un grand pas a été franchi. Une loi prévoit en effet d’établir, au niveau national, un registre des défibrillateurs. Dans la foulée, en décembre, un décret rend obligatoire leur installation au sein des établissements recevant du public (ERP). “A compter du 1er janvier 2020, les lieux pouvant accueillir plus de 300 personnes seront obligés de s’équiper, se félicite Lionel Lamhaut. Et l’entretien sera obligatoire, car d’après les fabricants, 40 % du parc est défectueux.”

Défibrillateurs, applications, GPS...

Ludovic Toro évoque aussi les problématiques d’accès à ces machines. “De nombreux défibrillateurs sont mis sous clé ou protégés. Dans ces cas, ils ne servent à rien. S’ils sont à l’extérieur, ils peuvent être vandalisés comme cela a été le cas dans ma commune. C’est un vrai problème. Heureusement, il existe une nouvelle technologie, Sauv Life, qui peut créer de l’entraide entre citoyens.”

L’application, gratuite, permet d’aider n’importe qui en cas de crise cardiaque. “En attendant l’arrivée du Samu ou des pompiers, les personnes maîtrisant les gestes de secours à proximité reçoivent un SMS, explique Lionel Lamhaut, président de Sauv Life. Un système de GPS permet de géolocaliser la victime. Les défibrillateurs y sont aussi recensés. Il est dès lors possible d’accompagner le premier témoin, qui est souvent paniqué.” Ludovic Toro est conquis : “C’est gratuit et le Samu vous guide. Pour l’instant, seuls les Samu du 93 et du 77 ne sont pas encore connectés. Il n’y a aucune raison logique ou médicale de ne pas l’appliquer.”

“Former notre jeunesse à la citoyenneté”

L’augmentation des chances de survie à un arrêt cardiaque, en banlieue parisienne comme ailleurs, tient donc à des gestes simples. Alors, pourquoi ne pas développer davantage les formations aux premiers secours, dans les écoles notamment ? “Dans d’autres pays, notamment en Finlande, les populations sont mieux formées, insiste Stéphanie Richard de la Croix-Rouge. On fait partie d’une chaîne de survie. Si le premier s’adapte de façon correcte à la situation, on pourra éviter des décès.”

Une idée qui fait son bout de chemin comme le souligne le président de Sauv Life : “On doit former notre jeunesse à la citoyenneté. Le retard vient de là. Il n’est pas concevable qu’un enfant sorte de l’école sans savoir faire un massage cardiaque.” Une mission d’utilité publique qui permettrait de sauver tellement de vies. 

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