Tunisie : 1 515 arrestations en un mois dans la lutte contre le trafic de drogue

 Tunisie : 1 515 arrestations en un mois dans la lutte contre le trafic de drogue

Les autorités tunisiennes affichent leur détermination à intensifier la lutte contre le trafic de stupéfiants. Les unités de la Garde nationale tunisienne ont arrêté 1 515 personnes en septembre 2026 dans le cadre d’une vaste campagne contre les stupéfiants.

L’annonce intervient au lendemain des derniers développements dans l’affaire Yakine qui avait secoué l’opinion et multiplié les appels à sévir plus efficacement contre les réseaux de trafic de drogue. « Ces opérations ont également permis la saisie de cocaïne, de cannabis et de 25 000 comprimés psychotropes », se félicite un porte-parole. Le Parlement envisage par ailleurs de réviser en la durcissant la législation sur les drogues, en vigueur depuis 1992.

Dans un bilan rendu public lundi 12 octobre, la Direction générale de la Garde nationale a annoncé l’arrestation de 1 515 personnes au cours du mois de septembre, à l’issue d’opérations menées dans le cadre de la lutte contre les drogues.

Au-delà du nombre d’interpellations, les quantités et les sommes d’argent saisies témoignent de l’ampleur des interventions. Selon les données communiquées par la Garde nationale, les opérations ont permis de récupérer plusieurs types de produits stupéfiants, notamment du cannabis, de la cocaïne et des comprimés psychotropes.

Ce bilan illustre la place qu’occupe désormais la lutte contre les réseaux de distribution dans l’activité des services sécuritaires tunisiens, confrontés à des circuits de trafic dont les ramifications peuvent dépasser les frontières nationales.

 

Saisies record

Dans le détail, les unités de la Garde nationale ont saisi 110 plaquettes de cannabis, communément appelé « zatla » en Tunisie, trois kilogrammes de cocaïne, 25 000 comprimés stupéfiants ainsi que 338 morceaux de cannabis de différentes tailles. 101 kilos de cocaïne ont ainsi été saisis depuis le début de l’année.

Parmi les personnes interpellées figure un individu qui faisait l’objet de 52 avis de recherche émis par différentes structures sécuritaires et judiciaires. Son arrestation met en évidence le rôle des opérations de terrain dans la localisation de personnes recherchées pour différentes affaires.

Un autre individu interpellé avait réussi à échapper à la justice depuis les événements de la révolution de 2011. Faisant l’objet de cinq avis de recherche, il avait été condamné à 30 ans de prison pour trafic de stupéfiants.

Ces arrestations s’inscrivent dans une stratégie qui vise à multiplier les interventions contre les personnes impliquées dans le commerce de drogues. Toutefois, si les chiffres communiqués permettent de mesurer l’activité des services de sécurité, ils ne suffisent pas, à eux seuls, à évaluer l’évolution globale du phénomène ni l’impact durable des opérations sur les réseaux de distribution.

« La question de l’efficacité de cette politique se pose au regard de la capacité des autorités à démanteler les structures organisées, à identifier leurs circuits d’approvisionnement et à limiter la reconstitution des réseaux après les arrestations », tempère un l’expert Ali Zarmdini qui appelle à une « guerre totale » contre le phénomène.

 

La loi de 1992 au cœur d’une réforme annoncée

Parallèlement à cette intensification des opérations sécuritaires, la Tunisie envisage de réviser la loi n° 92-52 du 18 mai 1992 relative aux stupéfiants. L’objectif annoncé est de renforcer les moyens de lutte contre le trafic et de mieux répondre aux évolutions des réseaux criminels organisés.

En septembre, Mohamed Ali Chaïbi, chef du service de lutte contre les stupéfiants à la direction de la police judiciaire d’El Gorjani, avait souligné, dans une déclaration aux médias, la transformation des infractions liées aux drogues et le développement des réseaux opérant aux échelles locale, régionale et internationale. Le recours aux nouvelles technologies de communication constitue également un défi pour les services chargés des enquêtes.

Cette réforme annoncée intervient dans un contexte où la réponse pénale aux infractions liées aux stupéfiants fait régulièrement débat. La loi de 1992, pourtant connue pour la sévérité de certaines de ses dispositions, constitue depuis plusieurs années un enjeu des discussions sur la politique tunisienne en matière de drogues.

À la répression s’ajoute un volet préventif. Le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a lancé en septembre la première phase d’un programme national de communication consacré à la prévention des risques liés aux drogues, en collaboration avec plusieurs ministères, les médias publics et des organisations partenaires. Reste à savoir si la combinaison des opérations policières, d’une éventuelle réforme législative et des campagnes de sensibilisation permettra de produire des résultats durables, au-delà du nombre d’arrestations et des saisies annoncées.

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie