Tunisie.Assassinat de Chokri Belaïd : sixièmes commémorations tendues

Composante du Front populaire et famille politique de Chokri Belaïd assassiné il y a 6 ans, le Parti des patriotes démocrates unifié a commémoré le 6 février, Avenue Habib Bourguiba, l’assassinat du martyr ancien leader de la gauche radicale. Une formation d’opposition qui, malgré l’état de faiblesse du pouvoir et la puissance du symbole Belaïd, n’arrive toujours pas à assoir une place significative au sein de l’échiquier politique tunisien.

Il y a 6 ans, jour pour jour, nous filmions la remise de la dépouille de Chokri Belaïd à sa famille, au domicile de sa veuve à El Menzah - Tunis 

Aux abords du ministère de l’Intérieur, les partisans du « Watad » unifié ont une fois de plus scandé des slogans accusant Ennahdha et son chef Rached Ghannouchi d’être coupables des assassinats politiques qui avaient secoué le pays en 2013 et précipité un « Dialogue national » qui n’avait partiellement écarté le mouvement islamiste que pour une durée très limitée.


Militants, proches, famille et compagnons de route de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi, mais aussi figures publiques et responsables syndicaux exigent toujours la révélation de la vérité entière sur ces assassinats ainsi que leurs commanditaires. Pour le « Front », il s’agit des mêmes auteurs des attentats qui continuent de secouer les institutions sécuritaires et militaires du pays.

Surenchère de déclarations, inanité politique  

Face à un chroniqueur affichant sa sympathie pour Ennahdha, le frère de Chokri Belaïd, Abdelmajid Belaïd, a lancé hier soir sur un plateau de la plus grande chaîne privée du pays : « Le sang a coulé entre nous. Vous n’êtes pas nos adversaires politiques, vous êtes nos ennemis ! ».

Pour Zied Lakhdhar, qui faisait allusion à l’entente toujours en vigueur entre Ennahdha et le pouvoir exécutif, « ceux qui ont promis de révéler la vérité sur les crimes politiques de Belaïd et Brahmi, n’ont non seulement pas tenu leur engagement, mais il y en a parmi eux qui sont devenus l’allié du principal accusé ». Le secrétaire général du Watad regrette sur le même ton ironique que le volet judiciaire traine toujours depuis 6 ans.

Il a cependant exprimé sa satisfaction s’agissant des efforts du Collectif de défense qui a récemment progressé de façon notable, en révélant régulièrement de nouveaux éléments, dont le lien entre un appareil paramilitaire secret qui relèverait d’Ennahdha et les assassinats en question, ce qui a mis en difficulté le ministère de l’Intérieur et l’avait poussé à formuler quelques démentis en octobre dernier quant à une « chambre noire » perquisitionnée depuis par la justice. Une première dans l’histoire des institutions de la jeune démocratie tunisienne.     

Dans le cadre des mêmes suspicions de destruction de plusieurs donnés et documents concernant les dossiers des éléments terroristes impliqués dans l’affaire, nous apprenions ainsi cette semaine la « perte » de l’un des documents les plus importants qui soient : la fiche de renseignement d’Abou Yadh, de son vrai nom Seif Allah Ben Hassine.

Reste que malgré ce que certains observateurs considèrent comme un boulevard pour peser davantage dans la scène politique, en pleine crise économique nationale, le Front populaire (seulement 15 députés à l’Assemblée des représentants du peuple) n’est pas parvenu à consolider sa présence en région aux dernières élections municipales.

Appels à la réouverture de l’enquête

« Il est clair que le parquet ne veut pas d’un processus judiciaire transparent. Nous comptons sur tous les Tunisiens, les patriotes et les démocrates pour braquer l’attention sur ces vérités » a incité Lakhdhar qui en appelle à la société civile. « Sans la révélation de la vérité, les Tunisiens perdront confiance les uns entre les entres mais aussi en leur Etat », a-t-il ajouté.

Même son de cloche à l’Assemblée pour le député du Front populaire, Ammar Amroussia, pour qui la question des assassinats n’est pas qu’une question fondamentale pour le seul Front Populaire, mais qu’elle l’est pour l’ensemble des Tunisiens.

La toute récente affaire de l’école coranique de Regueb a conforté selon Amroussia la thèse de l’existence de groupuscules secrets opérant dès les plus bas âges, couvertes par des statuts associatifs. Il a appelé à la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les associations caritatives et leur financement depuis l’étranger, tout comme les réseaux d’envoi des jeunes dans les zones de conflit.

Pour le porte-parole du Front, Hamma Hammami, ce 6ème anniversaire de l’assassinat de Belaïd coïncide cette année avec de graves révélations concernant « l’appareil secret du mouvement Ennahdha », la justice tunisienne ayant reconnu l’ancien militaire Mustapha Khedher de complicité dans l’assassinat de Mohamed Brahmi.  

Pour Hammami, la Tunisie est encore constamment menacée par l’existence d’un système éducatif parallèle, d’un appareil sécuritaire parallèle et d’organisations clandestines que l’on commence à peine à identifier. 

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