Tunisie.Attentat kamikaze à Tunis : les autorités se veulent rassurantes

Youssef Chahed au chevet des blessés

Tunis s’est réveillée mardi dans la cacophonie des analyses et autres rumeurs complotistes à propos de l’attaque kamikaze semi avortée d’hier lundi. Si elle est unanimement qualifiée de « ratée », l’opération n’en demeure pas moins préoccupante sur l’état de vigilance anti-terroriste du pays, sur fond de distractions partisanes d’une classe politique absorbée par diverses querelles. 

Des agents des forces de l’ordre couchés au sol, des blessés à même le sol Avenue Bourguiba, des passants paniqués courant dans tous les sens… une scène de chaos que l’on ne pensait plus revoir de sitôt dans un pays où le noyau du salafisme djihadiste (environ un millier d’éléments), quasi éradiqué, est dans les prisons.

Réaction des officiels : entre langue de bois et conspirationnisme  

« Une opération primitive et isolée ». C’est en ces termes qu’a d’emblée commenté l’opération le fraîchement investi ministre de l’Intérieur Hichem Fourati. Mais en Une des médias français, une opération aussi dérisoire soit-elle aura assurément un impact sur le climat des investissements et celui du tourisme d’une économie en rémission, encore bien fragile.   

« Le risque zéro face au terrorisme n'existe nulle part » affirme pour sa part le chef du gouvernement Youssef Chahed, en marge de sa visite des policiers blessés hospitalisés à Hôpital militaire de Tunis (photo ci-dessus).

Nidaa Tounes appelle à « éloigner les intérêts politiques de l'appareil sécuritaire », tandis qu’Ennahdha, plus grand perdant symbolique et politique de ce type d’évènement, appelle à « l'unité nationale ».

Mais au-delà du politiquement correct habituel survient de plus en plus rapidement l’inévitable instrumentalisation politique. Les analyses de type complotistes n’ont en effet pas tardé à fleurir sur le net, et comme souvent ce sont les plus partagées sur les réseaux sociaux.

Fait inédit, ces analyses d’une implication directe du leadership d’Ennahdha sont désormais repris par un certain nombre de députés qui à l’image de l’élue Fatma Mseddi n’hésitent pas à pointer du doigt l’implication de « l’appareil paramilitaire d’Ennahdha ».  

Une indéniable dimension sociale

On connait désormais l’identité et le profil social de celle qui a perpétré l’unique opération en milieu urbain en près de trois ans. Elle s’appelle Mouna Kebla, 30 ans, originaire de Zerda, une petite localité de Sidi Alouane (gouvernorat de Mehdia), la Tunisie profonde, cette « autre Tunisie » redevenue visible ces dernières 24 heures.

« Une jeune femme sans histoires », racontent ses proches et ses voisins, quoique des signes de radicalisation sont apparus dans son comportement ces dernières années où elle refusait de se rendre aux fêtes et aux mariages, selon un membre de sa famille.   

De père handicapé, famille vivant de la culture d’oliviers, bergère qui gardait le bétail à mi-temps, trentenaire dont le célibat est mal vu dans sa bourgade conservatrice, diplômée chômeuse après 4 années d’études supérieures d’anglais des affaires… La dimension du désespoir social rend de facto ce profil plus propice à l’endoctrinement.  

Venue à Tunis samedi pour résider deux jours à la Citée Ettadhamen, avant de se faire exploser, l’enquête a déjà révélé que la jeune femme n’avait pas quitté son village natal depuis 1 an et demi, d’où les soupçons de téléguidage par une logistique tierce qui l’aurait mobilisée pour ce dessein funeste.

Repérée par les caméras de surveillance, une autre femme qui l’accompagnait le jour de l’attentat a été arrêtée, ainsi qu’un homme de 35 ans arrêté pour avoir crié « Allah akbar ! » au moment de l’explosion.

Le faux pas de la communication présidentielle

Accueilli à sa descente d’avion à Berlin où il est en visite officielle à l’occasion d’un sommet africain, le président de la République Béji Caïd Essebsi a déclaré « Nous pensions avoir vaincu le terrorisme, espérons que ce n’est pas le terrorisme qui est en train de nous achever ».   

Dans une ère qui ne pardonne pas la moindre erreur de communication, surtout en plein émoi collectif, les réactions n’ont pas tardé :

« Le président de la République a raté une autre occasion de se taire, s'il pensait porter le costume du leader, il s'est lamentablement trompé de tailleur ! Il nous a par contre démontré qu'il est dépourvu de tout sens d’empathie », a notamment réagi l’ancien membre du parti al Badil Lotfi Saïbi.

Un rassemblement prévu ce soir à Paris devant le consulat de Tunisie pour condamner cette résurgence des actes terroristes à Tunis où la direction des imminentes Journées cinématographiques de Carthage assure que le festival aura bien lieu, et que « les JCC célébreront les valeurs de la tolérance ».

Seif Soudani

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